Prologue

Du conflit parental à l’oppression judiciaire

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« Quand la justice a parlé, l’humanité doit avoir son tour »

Pierre Victurnien Vergniaud

Discours à la convention

1793

 

Comme celle de milliers, voire de millions, de mes concitoyens, ma vie familiale a été bouleversée par la rupture des liens conjugaux et par la dispersion de ma famille. Le fils aîné est resté près de moi, le second a été éloigné d'abord, dépaysé ensuite, puis dressé contre moi. 
Voulue, à l'origine, par une femme égoïste, cette situation s'est ensuite maintenue, grâce à la folie du droit et de son appareil judiciaire et législatif.

J'avais 43 ans et mes enfants, 4 et 12 ans, lorsque tout ceci commença, en 1986. 
Plutôt béni par la chance, jusque là, même si mon existence, comme la plupart, avait connu des hauts et des bas, j'avais eu dans ma vie l'accompagnement d'un père, d'une mère, de frères et d'une sœur, le cadre convivial d'un village, des études réussies, un métier passionnant, et la chance d'avoir abouti, contre vents et marées, dans l'adoption de mon fils aîné ; la chance aussi d'être né et de vivre en France, mon pays, dont je me plaisais à voir la nature accueillante et l'histoire resplendissante.
J'avais été élevé au lait républicain de " la Laïque " et à celui de la tradition catholique de ma famille, agitée par l'air de modernisation qui soufflait. Le curé, l'instituteur furent, avec mes parents, des guides que j'ai contestés en leur temps, et auxquels je donne aujourd'hui volontiers le pardon lorsque l'évidence de sa nécessité m'apparaît.
En 1986, cette vision sereine amorça une chute dans le dégoût et l'amertume. Je découvrais, à contre cœur et à mon corps défendant, l'univers du droit de la famille, bien mal nommé d'ailleurs puisque tant de choses y vont de travers.
Dans cette descente aux enfers, la lumière se fit au fil des années sur l'oppression qui la causait.

Entre les discours sur les droits de l'homme dont l'univers politique est volontiers généreux et la réalité du droit au quotidien, je mesure désormais l'immensité de l'écart, et la tromperie; c'est à croire que ces discours qui alimentent le rêve du lendemain ne sont là que pour servir d'anesthésiant au peuple et de paravent aux dominations du droit et de ses thuriféraires.

D'accueillant, mon pays est devenu hostile, et au plus fort de cette plongée dans la bêtise humaine, la pensée de m'expatrier m'est venue parfois. Avec l'humiliation infligée, s'est insinué aussi le sentiment de honte, pour moi certes dans un premier temps, puis à la réflexion, pour mon pays. 
En écrivant ces lignes, j'apprends qu'un père s'est vu accorder l'asile politique aux Etats Unis, pour persécution judiciaire. Je n'en suis pas étonné. La France déraille, son droit de la famille va de travers.

Peu à peu, dans cette histoire, les divisions et rémanences de l'enfance se sont dissipées ; quinze ans après qu'elle ait commencé, je sens naître et prendre forme une vision nouvelle et solide, celle que donne l'expérience des choses vécues et réfléchies. 
Mon expérience des rapports humains organisés par le droit de la famille, dessine le paysage d'une société qui ne croit ni en dieu ni au diable, mais au droit ; la fonction judiciaire et le droit, sacralisés, alimentent des croyances nouvelles. Comme les anciennes, ces nouvelles croyances sont forcées et s'accompagnent des culpabilités indispensables à assurer le pouvoir du droit. Ici, l'" intérêt de l'enfant " sert pour le peuple de substitut au "salut". Là, plus loin, au sein d'une aristocratie judiciarisée, " l'indépendance de la magistrature " est devenue "l'alpha et l'oméga " de la pensée. 

Il y a les athées, bienheureux, ceux que la grâce a touché et qui ont eu la sagesse de se tenir éloigné des chapelles du droit, et puis il y a les autres, ceux que la maladie a atteint ; l'épidémie s'étend, et, peu à peu, tous sont touchés dès lors qu'ils s'en remettent imprudemment aux docteurs de la loi.

Au milieu de la foule des gens honnêtes et humbles, une nouvelle cléricature, celle du droit, s'est installée. Elle prolifère dans les rangs législatifs et judiciaires et les disciplines qu'elle soudoie; l'argent lui sert " d'aliment " et l' " intérêt de l'enfant " de camouflage pour avancer à couvert et masquer ses privilèges ; elle affiche son arrogance et fonctionne sur le fondement de l'imposture. 
Comme toute cléricature, elle n'aime qu'elle même. Elle se sert d'abord de ce qu'elle prétend servir.

Peut on lever l'imposture ? 
Probablement oui, au prix d'efforts conjugués des uns et des autres et d'un sursaut démocratique pour débusquer les imposteurs parmi les clercs honnêtes et les violences qui les établissent et les maintiennent solidement à l'œuvre. 

Le procès judiciaire est le moyen du droit dans sa prétention à régner sur les conflits et sur les existences ; c'est un maillon central de cette imposture. 
Parce qu'il lui importe d'abord de régner avant que de servir et de résoudre les conflits, le droit fait, dans ses procès, une rareté de la vérité qu'il prétend rechercher, pour augmenter ses profits et maintenir la demande. 
Il enferme la vérité dans ses chapelles et l'habille dans un latin judiciaire dont il réserve l'interprétation à ses privilégiés. 
Le droit ne parle trop souvent que de sa majesté.

C'est donc dans la langue commune que ce témoignage relate l'histoire d'une famille dispersée, vécue à travers le prisme du procès judiciaire qui l'a traversée.