La Bélogue
Croisade néo-libérale

La nouvelle raison du monde - l

Histoire et doctrine du néo-libéralisme
mardi 4 octobre 2011 par Antoine SEREINE

Ni héritier, ni traître au libéralisme, le néo-libéralisme s’est construit, à la fin du 19ième siècle, sur la débâcle des libéraux dont l’histoire garde la mémoire sous le nom de « conservateurs obtus ». Il s’en distingue toutefois et se caractérise par son intention d’établir un nouveau mode de gouvernement des hommes et des choses sur le principe, présenté comme aussi naturel qu’universel, de la concurrence. La vulgate du libéralisme est celle du marché autorégulateur, de l’entreprise bienfaisante, du coût exorbitant de l’intervention publique, de l’archaïsme du modèle social répandu, et de la destruction créatrice ad nauséam. Cette vulgate fait office de bulle idéologique ; elle masque les dégâts de la domination financière, le creusement des inégalités, et la détérioration de l’appareil productif. Mais le néolibéralisme ne se réduit pas à cette vulgate.

Ni restauration, ni idéologie passagère s’évanouissant avec la crise financière, le néolibéralisme est bien plus qu’une politique économique, il est aussi, et surtout, une « norme de vie » dans les sociétés occidentales qui définit ainsi la forme de nos existences. Cette norme :
- enjoint chacun de vivre dans un univers de compétition généralisée.
- somme les populations d’entrer en lutte économique les unes contre les autres.
- ordonne les rapports sociaux au marché.
- transforme l’individu appelé à se concevoir comme une entreprise en soi.

Nouvelle raison du monde, totalisante voire totalitaire, le néolibéralisme a voulu s’imposer comme la raison même du capitalisme contemporain, et à ce titre, structurer et organiser, non seulement l’action des gouvernements, mais jusqu’à la conduite des gouvernés eux mêmes.

Le néo libéralisme prétend créer un homme nouveau

Ainsi dans sa prétention à créer un homme nouveau, le néo-libéralisme agira t’il, en toute inconscience semble t’il, comme l’idéologie qu’il dit combattre, le communisme-socialisme. Il n’exigera pas, comme le fit son concurrent, le renoncement de l’individu au profit d’une « force collective invincible et d’un avenir radieux », mais il entendra obtenir une sujétion non moins totale de la participation de l’individu à un jeu dit, par les dominants, « gagnant gagnant » où, en pratique, les gagnants seront une très faible minorité, et les figurants-citoyens seront, dans leur très grande majorité, perdants sur toute la ligne.

A l’approche du gouvernement des hommes par la notion « juridique et révolutionnaire » des droits de l’homme, qui remplaçait la filiation divine chrétienne, le libéralisme va préférer une approche « utilitariste et prétendue scientifique ». La rupture libérale d’avec les formes anciennes et modernes, fondées sur le droit, du gouvernement des hommes n’en sera que plus grande. La politique libérale va prendre pour horizon, un homme nouveau, défini comme être de désir, enchaîné à ses passions, mu par la recherche du gain ou par les plaisirs de la vanité, de l’intérêt et de la passion.

Les moteurs de l’action humaine seront désormais ce que morales et religions considéraient alors comme faiblesses. Les vertus sont réduites à l’amour propre, et la volonté de l’homme n’est donc plus déterminée par le plus grand bien positif, ou l’idée qu’il se fait des joies du ciel, mais par les mille petites souffrances et déplaisirs des vies ordinaires.

Le gouvernement de soi libéral consiste alors à réduire la douleur et à accroitre le plaisir selon le juste calcul des actions, calcul qui s’opère au détriment des représentations religieuses, regardées désormais comme moins efficaces.

Ceci ruine ainsi l’idéalisme religieux qui lie l’homme à l’autre, à son semblable, par la médiation de Dieu. Lui promettant un avenir d’homme libre, le libéralisme fait de l’homme un être seul, voire solitaire, lié à son seul désir, au risque cependant d’en devenir un jour l’esclave s’il advenait qu’il en fasse un nouveau Dieu.

Ainsi l’idéal proclamé du nouvel homme libéral, est il un homme réduit, amputé de sa moitié parce que privé de son altérité, et dont l’horizon est borné par l’égoïsme, ce qui en fait une forme de « sous-homme » difficilement indignable et infiniment obéissant et discipliné.

Le néolibéralisme nait sur la crise du libéralisme

A sa création, au 18 ième siècle, le libéralisme s’est fondé en opposition au pouvoir monarchique arbitraire, et la liberté y est alors conçue, assez naturellement, comme l’indépendance des gouvernés à l’égard des gouvernants.

En liant le souverain par des lois, celles de l’économie, le libéralisme s’assure ainsi contre la folie du despotisme. C’est sur ces fondations que s’érigeront ensuite les idées que les libéraux se feront de l’Etat ; elles les agiteront et les diviseront suffisamment pour que les libéraux modernes, pour se différentier du libéralisme ancien, se rebaptisent néo-libéraux.

Après son triomphe au milieu du 19ième siècle, le libéralisme dogmatique entre en crise. Il ressemble de moins en moins à cette société universelle et pacifiée imaginée par les chantres du libéralisme, et à l’aube du nouveau siècle, il ne semblait même plus vrai que le libre échange pouvait être la formule de la prospérité universelle. Au passage, remarquons la ressemblance frappante avec la période actuelle. Après une purge de 30 ans de néolibéralisme, que va t’il naitre de sa crise qui se développe ?

Le libéralisme montre alors des lignes de fracture qui iront grandissantes jusqu’à la première guerre mondiale et l’entre deux guerres. Sous la pression de la réalité économique et des controverses internes, la « main invisible » du marché, chère aux « marchéistes », les partisans du marché, se heurte à la « force secrète » des interventionnistes, vivier des futurs néolibéraux.

A l’évidence les règles du jeu capitaliste, l’existence d’autocrates appelés « barons voleurs » créés par le développement industriel, l’apparition de groupes cartellisés, l’incapacité à aménager la condition salariale, n’avaient plus rien à voir avec l’idéalisation dogmatique du marché parfaitement concurrentiel qu’était la loi de l’offre et de la demande, cœur théorique du libéralisme.

Si cette débâcle fut le fruit d’une crise interne dans la sphère des idées, entre réformateurs sociaux qui défendent un idéal de bien commun, et partisans de la liberté individuelle comme fin absolue, la débâcle du libéralisme fut surtout une crise de la gouvernementalité libérale.

Emergeront alors ici et là, de nombreuses familles de pensées, socialisme, solidarisme, fabianisme, spencérisme, radicalisme, communisme, libéralisme au sens américain … comme symptômes de la débâcle ou réponses à celle ci, après la parenthèse de l’économie planifiée que fut la première guerre mondiale et la tentative libérale de reprise en main de l’économie qui s’en suivit.

Cette tentative de reprise en main fut sanctionnée par la crise des années 20-30, qui virent la suprême enchère libérale pour rétablir l’autorégulation du système, dans laquelle la monnaie joua le rôle principal ; ce fut l’élimination de toutes les politiques interventionnistes qui compromettaient la liberté des marchés de la terre, du travail et de la monnaie. L’impératif de la stabilité monétaire et de la liberté du commerce mondial prit alors le dessus sur la préservation des libertés publiques et de la vie démocratique.

Puis, dans les années 30-40, celles de la « grande transformation », les symptômes et réponses à la débâcle libérale prirent la forme des fascismes, préludes et fauteurs de la seconde guerre mondiale. Le fascisme fut ainsi le symptôme d’une « société de marché qui refusait de fonctionner » et le signe de la fin du capitalisme libéral tel qu’il s’était inventé au 19 ième siècle.

De cette crise du libéralisme émergeront en finale deux familles très distinctes, les nouveaux libéraux et les néo libéraux, qui partageaient, en apparence du moins, un ennemi commun, le totalitarisme, et une motivation commune, la nécessité de remettre en question la foi libérale dans les mécanismes auto-régulateurs du marché, ce à quoi, ils apporteront des réponses totalement différentes.
- Les nouveaux libéraux, auxquels la pensée de Keyne peut être rattachée, donneront vie, après la seconde guerre mondiale aux sociales démocraties et aux « 30 glorieuses », 30 années de croissance et de partage.
- Quand aux néo libéraux, qui prendront le relais des nouveaux libéraux, à partir des années 70, ils donneront vie aux 30 piteuses, 30 années de stagnation, de chômage, de crises et de déliquescence qui n’en finissent pas d’agonir sous nos yeux, dans les souffrances qu’elles infligent à nouveau aux peuples et dans le désastre des crises financière et économique. En France, les 30 piteuses ont abouti au chaos du quinquennat sarkozien, qui a fait son catéchisme du néo-libéralisme et de ses canons en y conformant totalement ses politiques.

Refondation doctrinale du libéralisme dès les années 30

C’est à la suite de la crise des années 20-30, qui questionnent profondément les théories libérales, que la reconstruction doctrinale du néo libéralisme est lancée. Les libéraux se partagent alors entre orthodoxes, qui crient à la trahison des principes libéraux, et rénovateurs, qui estiment que la responsabilité du déclin du libéralisme trouve sa source dans le libéralisme lui même et qui incriminent donc ses principes.

On retiendra de cette re-création que le libéralisme ne s’identifie pas au laisser faire, mais qu’il résulte d’un ordre légal construit, et non d’un ordre naturel. Cette reconstruction enterrera ainsi la mystique libérale et son erreur de fond qui consistent à croire à l’indépendance et au primat de l’économie sur le politique.

On reconnaît dans la nouvelle doctrine, la nécessité d’un Etat fort, source d’autorité impartiale, capable de renforcer la concurrence et non de la tuer, de réguler un capitalisme concurrentiel, mais d’un Etat limité au strict minimum nécessaire, toujours cette crainte ontologique du despotisme, qui soit en même temps solidement endoctriné pour assurer la mise en place des conditions d’apparition de la société néo-libérale et de l’homme nouveau, car, dans la perspective libérale, la politique doit changer l’homme.

La thèse de l’Etat fort amènera les néo-libéraux à reconsidérer ce qui est entendu par démocratie et souveraineté du peuple, et à conclure que l’Etat fort ne peut être gouverné que par une élite compétente dont les qualités sont à l’exact opposé des mentalités des masses.

Fascisme et socialisme y sont renvoyés dos à dos comme deux variantes réactionnelles au laisser faire ; tous s’accordent alors dans le rejet de toutes les formes de collectivisme ou de planisme … et de totalitarisme, alors que, paradoxalement, dans le même temps les refondateurs néo-libéraux, établissaient toutes les conditions de l’émergence d’un nouveau totalitarisme, néo-libéral, celui qui sévit depuis 30 ans dans le monde entier, et le conduit de crises en crises.

Cette refondation du libéralisme, démarrée avec le colloque Walter Lippman tenu à Genève en 1938, puis retardée et mise en sommeil pendant la seconde guerre mondiale, reprendra en 1947 avec la création de la société du Mont Pélerin. Elle aboutira à la création de l’ « internationale néo libérale » que l’on voit à l’oeuvre dans la croisade actuelle. Glorifiant la liberté, (mais pour qui ?) il est intéressant de remarquer que cette néo-liberté, en illustration de son besoin d’un Etat fort, a choisi la dictature Pinochet pour sa première expérimentation dans le monde, en 1973.

Le néo-libéralisme oscille entre politique économique et politique de société

En réaction aux planifications nazie et à l’occupation de l’après guerre, l’Allemagne a développé un néo-libéralisme concret, connu sous le nom d’ordo-libéralisme, dont l’analyse apporte une bon éclairage sur les visées concrètes de l’idéologie néo-libérale. Celle ci, en opposition à celle du « laisser faire » considère que l’économie de marché, comme la démocratie politique, relèvent l’un et l’autre d’une construction humaine, et non plus de la nature. Ainsi, l’ordo-libéralisme est il une doctrine de transformation sociale qui en appelle à la responsabilité des hommes, refuse la vision marxiste de la logique issue de l’accumulation du capital, et y substitue sa vision d’une singularité historique relevant d’une interdépendance entre économie et institutions.

Tout d’abord, l’État favorise la formation du pouvoir économique privé, et devient ensuite partiellement dépendant de ce pouvoir économique, non pas unilatéralement, mais dans une forme d’interdépendance des ordres.

L’ordo-libéralisme va faire ainsi de l’économie de marché la base d’un état libéral démocratique, contrairement à ce qui se passe en France où le fondement de la démocratie est le droit, et non l’économie.

En 1948, sont choisis en Allemagne, le mécanisme des prix, comme principe de gestion du processus économique, et le principe de concurrence, présupposé comme étant le plus respectueux des individus, et partant présumé le plus efficace.

Le problème des ordo-libéraux est donc de faire exister un Etat dans un cadre préexistant de liberté économique. Aussi, l’intervention de l’Etat sera t’elle encadrée constitutionnellement et limitée à l’aspect législatif pour organiser le cadre concurrentiel (politique ordonnatrice du cadre), et à l’aspect police des marchés (politique régulatrice du processus) pour veiller au respect des règles posées. Si le cadre économique ressort de l’Etat, le processus économique, lui, ressort de l’initiative privée qui doit être exclusivement et strictement régie par les règles de la concurrence appliquées à un système de prix libres.

On voit alors, que ni le maintien du pouvoir d’achat, ni celui du plein emploi, ni l’équilibre de la balance des paiements, ne sauraient constituer des objectifs premiers de l’ordo-libéralisme, puisque nécessairement subordonnés aux principes constituants.

Ainsi fondée, l’économie de marché apparaît comme un obstacle à toute politisation de la vie économique, qui empêche le pouvoir politique de décider à la place du consommateur ; l’ordo-libéralisme fonde ainsi un ordre social et politique qui soumet l’économie au gouvernement des juges de la concurrence et qui transforme le citoyen en consommateur.

Contrairement à l’esprit de 89 et des droits de l’homme qui émancipent l’individu en lui donnant des droits devant l’état, l’ordo-libéralisme lui, émancipe la société privée face à l’état, et lie l’individu à l’état par le médium de cette société qui maintiendra avec l’individu un lien féodal.

A ce stade la religion nouvelle, ordolibérale, est constituée, et sa valeur éthique fondamentale réside dans la lutte concurrentielle.

Selon Hayek qui cherche à réaliser une synthèse entre les deux thèses libérales majeures, naturistes et constructivistes, la religion libérale ne tiendrait ni de la nature ni d’une construction volontaire, mais d’une troisième voie, celle d’un « ordre spontané » formé à partir des conduites et interactions privées.

Dans ce cadre là, la vie économique s’explique par la lutte des agents et par l’esprit entrepreneurial, qui rencontrent pour seul frein l’Etat, quand celui ci supprime ou entrave la libre compétition.

Par cette nouvelle articulation entre l’économie et l’individu, la religion néo-libérale veut faire passer l’humanité de l’ère de l’« homo économicus » classique, qui calcule et optimise ses échanges, à celle de l’ « homo agens », l’homme qui entreprend, qui fait des choix et qui entend les réaliser.
L’originalité de cette vision, qui évacue toute autres considérations et contraintes étatiques ou éthiques et fera religion, tient alors au rapport qu’elle établit entre les institutions et l’action individuelle.

Il y a là, une révolution dans la façon de penser l’économie.

Le problème de l’économie libérale change alors de nature : il n’est plus celui de la recherche d’un équilibre général, comme le considéraient classiquement les économistes, il est de savoir comment les individus vont pouvoir tirer le meilleur parti de l’information dont ils disposent. Passant du simple calcul à une réelle anthropologie de l’individu face au marché, l’économie change de dimension. Toutefois, outre la valorisation de l’entrepreneurialité, les libéraux vont ajouter l’idée, discriminatoire et réductrice, que celle ci ne pourrait se former qu’en milieu marchand !! Autant dire que cette entrepreneurialité est une forme très limitée et restrictive de l’esprit d’entreprise.

Ni capitaliste, ni producteur, ni innovateur, l’entrepreneur néo-libéral selon Hayek est un être doté d’un esprit commercial, spéculateur, à la recherche de toute occasion de profit qui se présente, et qui ne se définit que dans le domaine de la circulation des biens.

L’auto-gouvernement de soi pour développer sa capacité à entreprendre

Si les ordo-libéraux confient, au cadre de la société, le soin de borner les actions humaines, avec le risque toutefois d’exposer les individus, supposés savoir ce qui est bon pour eux, à l’interventionnisme d’états qui prétendraient usurper les droits de chacun, à dire le bien, il n’en est pas de même des libéraux anglo-saxons.

A leur différence, ces derniers ont choisi la voie de l’auto-gouvernement de soi sur le marché.

Ce n’est pas par « nature » que l’homme sait se conduire, mais c’est grâce au « marché », conçu comme un lieu autoformateur du sujet économique qui s’y construit.
Le marché étant « autoconstructif », c’est donc, selon le canon libéral, en plaçant toujours plus souvent l’individu dans une situation de marché qu’il pourra apprendre à se conduire rationnellement. Et le marché étant aussi « auto-créateur », c’est à dire capable de s’engendrer lui même, il en découlerait donc un axiome pour la gouvernementalité néo-libérale :

créer et multiplier les situations de marché qui permettent à l’individu, l’apprentissage constant et progressif, de l’art de se gouverner soi même sur un marché.

L’état fort, gardien du droit privé

Situé entre les ordre de la nature et de l’artifice, l’« ordre spontané » théorisé par Hayek est indépendant par principe de toute fin particulière ; il caractérise la société comme il caractérise aussi le marché.

L’ordre du marché, qui a rendu possible l’évolution des sociétés dont il est au cœur, est ainsi perçu comme une forme d’évolutionnisme culturel, ignorant fins et intentions, mais relevant des règles et conduites des individus, produits de l’expérience pratique et du processus de croissance de l’espèce.

Alors, l’ensemble de ces conduites humaines forment la justice et constituent l’armature du droit privé, résumé, sur les marchés, à 3 commandements, règles ou lois fondamentales.
- stabilité des possessions – inviolabilité de la propriété
- transfert par consentement - liberté du contrat
- accomplissement des promesses – devoir de dédommager pour les torts portés.

Ces 3 éléments d’ordre seront autant de limites infranchissables par l’Etat, dont, par ailleurs, les lois devront apporter au marché la prévisibilité. Autrement dit, pour les néo-libéraux :

« l’idéal de l’Etat de droit, se confond avec l’idéal d’une société de droit privé ».

Telle est la place réservée à l’Etat :
- être fort et coercitif pour faire respecter les règles du marché,
- s’appliquer à lui même ces règles,
- être interdit de toute autre coercition ou monopole,
- et par cette injonction de non ingérence, être limité au rôle de gardien du droit privé.

Pour permettre l’application de ces politiques, la nécessité d’un Etat fort conduit les néo-libéraux à remettre en question le bien fondé de la démocratie et à lui préférer des gouvernements d’experts ou de sages ; la volonté populaire est suspecte et la "coercition des majorités démocratiques" innacceptacle pour le respect des libertés individuelles de ceux qui les abdiquent cependant devant les aéropages d’experts ...

C’est ainsi que, pour justifier la mise en application des idées libérales au Chili, Hayek déclara « sa préférence personnelle pour une dictature libérale, plutôt que pour un gouvernement démocratique dont tout libéralisme serait absent. » !!

Pour ces même néo-libéraux, en faisant progresser la sphère de la décision privée, ces règles étendent aussi le domaine de la liberté individuelle ; toutefois, il ne s’agit plus de la liberté républicaine, bornée par la législation, qui consiste « à faire tout ce que l’on veut, sauf ce qui nuit à autrui », mais il s’agit d’une liberté, néo-libérale, très encadrée, car indissociable de l’existence des règles morales transmises par la coutume et par la tradition, et définie négativement comme « absence de l’obstacle qu’est la coercition exercée par autrui ».

La faille libérale

On voit alors, dans cette définition de la liberté néo-libérale, comme dans la méfiance que les néo-libéraux montrent à l’égard de la démocratie et de l’expression populaire, apparaitre à nouveau la faille primale sur laquelle est fondée la pensée néo-libérale :

Dans cette pensée, « l’autre est ou bien inexistant ou bien perçu comme source de coercition ». Autrement dit, dans la lutte pour la vie néo libérale, il n’y a pas de place pour l’autre, pour la coopération ; il n’y a pas de bien commun, sinon les tables de la loi du marché, de la concurrence, et de la compétition qui sont en fait des "armes communes". Le néo liberalisme favorise ainsi une forme de militarisation des esprits.

La vie néo-libérale est alors une lutte à mort … et ses paradis sont des champs de bataille, exutoires à la violence humaine ...

A suivre

Histoire et doctrine du néolibéralisme est la première partie de l’aperçu sur l’ « Essai sur la société néolibérale » de Pierre Dardot et de Christian Laval, « La nouvelle raison du monde » publiée chez La Découverte.


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