La Bélogue

Oui, le FMI est, plus que jamais, une institution au service du néolibéralisme

Par Gérard Filoche et Jean jacques Chavigné
samedi 30 avril 2011 par INVITES

Selon DSK, le « FMI nouveau » serait arrivé … L’ancien FMI et ses plans d’ajustements structurels » qui avaient semé misère et inégalités dans les pays du Sud aurait disparu comme par enchantement sous les effets de la crise de 2008-2009. Depuis que DSK en est le Directeur général, il ne serait plus le même qu’avant. Les réformes se sont multipliées, augmentation des ressources financières, nouvelles répartitions des droits de vote… ». Dans la crise grecque, DSK n’a pas hésité à monter lui-même au créneau et tenté de persuader les salariés grecs et européens que cette institution avait changé : « une sorte d’organisation de collaboration » ... Selon ce qu’écrivait Le Monde en 2010, le FMI connaitrait une nouvelle jeunesse ...

Mais « le FMI tel qu’il est aujourd’hui » n’a rien à envier au FMI d’hier. Il reste toujours aussi anti-démocratique. Il impose toujours aux pays qui sont obligés de solliciter ses crédits des « Plans d’Ajustements Structurels » tout aussi favorables aux multinationales, aux banques et aux spéculateurs qu’hier, tout aussi défavorables aux salariés, aux retraités, aux chômeurs, aux services publics.

Une institution discréditée remise à flot par le G20

Le FMI était pourtant considérablement discrédité et affaibli avant la crise de 2008-2009. Il n’avait plus que 17 milliards de crédits en portefeuille à la suite du remboursement anticipé de leurs dettes par plusieurs pays du Sud bien décidés à échapper à ses griffes. Quant à ses deux derniers directeurs généraux, ils avaient du démissionner avant la fin de leur mandat…

Le FMI et son nouveau Directeur général, arrivé en novembre 2007 avec le soutien sans faille de Sarkozy, ont été remis en selle par la crise de 2008-2009 (le malheur des uns fait le bonheur des autres) et les 1 000 milliards de dollars que lui a accordés le G20 réuni à Londres le 2 avril 2009. Ces 1 000 milliards de dollars lui ont été confié dans un but bien précis : remettre de l’ordre (néolibéral) dans l’économie mondiale. DSK s’est empressé d’obtempérer.

Une institution antidémocratique avant DSK et tout autant avec lui

Le FMI comptait 186 membres. Mais son fonctionnement n’avait rien de démocratique. Nous étions très loin du seul principe démocratique acceptable « Un pays, une voix ».

Le vote y était censitaire et lié à la quote-part versée par un Etat en fonction du montant de son PIB. Les 10 premiers pays qui représentent plus de 50 % du PIB mondial avait la majorité des droits de vote. Il ne fallait donc pas s’étonner si la politique du FMI favorisait outrageusement les pays les plus riches.

La majorité requise pour les décisions importantes était de 85 %. Cela revenait à accorder un droit de veto aux Etats-Unis qui détenait 16,79 % des droits de vote.

Sa gestion courante était confiée à un Conseil d’Administration composé d’un président et de 24 administrateur représentant chacun une nation. 8 d’entre elles avaient un représentant permanent (USA, Royaume-Uni, Allemagne, Japon, Chine, Russie et Arabie saoudite) les 16 autres étaient élus.

L’Afrique au Sud du Sahara ne disposait que de deux membres au sein du CA et ces deux membres devaient exprimer le point de vue de 48 pays. La France disposait à elle seule d’un administrateur. Les pays de l’UE avaient 8 représentants au sein du CA sur un total de 24 membres, soit un tiers d’entre eux.

Avant le « FMI nouveau », l’instrumentalisation de la dette publique des pays du Sud

Cette dette avait été contractée durant les années 1960 et 1970. Elle avait été, le plus souvent, accordée à des dictatures : l’Indonésie de Suharto, l’Irak de Saddam Hussein, le Brésil de la junte militaire, les Philippines de Marcos, le Maroc d’Hassan II, le Chili de Pinochet, l’Iran du Shan, le Nicaragua de Somoza, la République haïtienne de Duvalier, l’Ouganda d’Idi Amin Dada, la Centrafrique de Bokassa, le Zaïre de Mobutu…

Les banques privées du Nord comme la Banque mondiale avaient, au cours de ces années, prêtés au pays en voie de développement à des taux très bas, voire même négatifs en tenant compte de l’inflation. Les banques du Nord avaient alors pléthore de capitaux, notamment les dollars détenus par des banques non américaines (les « eurodollars ») et les « pétrodollars ».

Après l’élection de Margaret Thatcher au Royaume-Uni en 1979 et celle de Ronald Reagan aux Etats-Unis en 1980, l’économie néolibérale prenait son essor. Les taux d’intérêt des prêts accordés aux pays du Sud (à taux variables…) augmentaient rapidement et, alors qu’ils étaient de l’ordre de 4-5 % dans les années 1970, ils passaient à 16-18 % au milieu des années 1980. « Ainsi, du jour au lendemain, les pays du Sud ont dû rembourser trois fois plus d’intérêts tandis que les revenus d’exportation étaient en baisse »[1] <#_ftn1> .

Le Sud avait donc dû emprunter de nouveau pour rembourser sa dette mais à des taux très élevés. Le piège de la dette s’était refermé sur les pays du Sud.

Avant le « FMI nouveau », des « Plans d’Ajustements Structurels » au service des sociétés transnationales, des banques et des spéculateurs

Les pays du Sud étant sous le joug de ses créanciers, la Banque Mondiale et le FMI avaient consenti à leur accorder des prêts (destinés à payer le service de leur dette et à financer les importations venant des pays du Nord) mais en conditionnant leurs prêts aux fameux « Plans d’Ajustement Structurels » (PAS) du FMI.

Le but de ces PAS, fondés sur « le compromis de Washington » de 1989, était d’obliger les pays qui voulaient bénéficier de ces prêts à accepter une plus grand ouverture aux capitaux, aux produits des sociétés transnationales du Nord ; à accepter la privatisation des entreprises publiques ainsi que l’austérité budgétaire.

Pour faciliter les exportations, les PAS obligeait les pays qui faisaient appel au FMI et à la Banque Mondiale à dévaluer leur monnaie. Les subventions accordées aux produits agricoles de base devaient être supprimées. Les produits agricoles nord-américains et européens envahirent alors les marchés locaux. Les PAS exigeaient l’élimination des barrières tarifaires protectrice. Le but était de rendre l’économie plus « compétitive », toujours sous le même prétexte, celui de pouvoir rembourser la dette.

La libre circulation des capitaux était également imposée : le contrôle des changes devait être éliminé. Les sociétés étrangères devaient pouvoir rapatrier leurs profits vers le Nord en devises (dollars, livres…)

La réalisation des prêts du FMI étaient conditionnés à ces réformes structurelles. Pour commencer à percevoir le premier dollar de ces prêts, il fallait que ces réformes soient substantiellement engagées. Pour continuer à les percevoir, il fallait que le suivi trimestriel organisé par le FMI soit positif. Car les prêts n’étaient débloqués que tranche par tranche.

Avec le « FMI nouveau », le FMI est toujours aussi anti-démocratique

Rien n’a vraiment changé dans le fonctionnement du FMI, le droit de vote est toujours lié à la richesse d’un pays, le Conseil d’Administration est toujours composé de façon aussi inégalitaire, les décisions importantes nécessitent toujours 85 % des voix et les Etats-Unis qui conservent toujours 16,79 % des voix ont détiennent toujours le même droit de veto.

Le tapage médiatique organisé autour de la réforme du FMI ne permet pas de dissimuler le caractère cosmétique de cette réforme. La nouvelle répartition des droits de vote réduit, en effet, la part des pays riches de 2,78 % seulement. Ces quelques miettes sont distribuées aux pays émergents comme la Chine, la Corée du Sud, l’’Inde, le Brésil et le Mexique.

Les « perdants » seraient le Royaume Uni et la France. Mais, en fait, la Chine disposera d’une quote-part de 3,99 % alors que celle de la France sera encore de 4,50. Les pays du Nord conservent près de 58 % des voix et continueront à imposer, comme par le passé, leurs vues aux pays pauvres.

Les pays les moins avancés n’obtiennent aucune réévaluation de leurs poids au sein du FMI. A terme de la réforme 89 pays auront toujours un droit de vole inférieur à 0,1 % et seuls 12 pays d’Afrique subsaharienne dépasseront ce seuil.

Rien n’a donc changé sous le soleil du FMI et personne ne pouvait imaginer le contraire, notamment que les Etats-Unis pourraient abandonner leur droit de veto qui fait du FMI un instrument aux mains des Etats-Unis.

Avec le « FMI nouveau », le FMI instrumentalise la dette publique des pays du Nord comme du Sud

Le but est identique dans les deux cas : obliger les Etats qui ne peuvent pas faire autrement qu’emprunter au FMI à accélérer les réformes « structurelles » de leurs économies.

Le premier but de ces réformes est de diminuer les dépenses publiques (salaires des fonctionnaires, retraites par répartition, investissements dans la santé ou l’éducation…) pour permettre le remboursement des dettes publiques souscrites par les banques et les spéculateurs. Ces mêmes banques et ces mêmes spéculateurs qui avaient précipité l’économie mondiale dans la crise de 2008-2009 et dont le renflouement est à l’origine de l’explosion des dettes publiques. Le FMI, en l’occurrence joue le rôle d’une agence de recouvrement de fonds dans le cadre d’un deuxième plan de refinancement des banques. .

Le deuxième objectif de ces réformes est de livrer les services publics de ces pays aux firmes transnationales.

Le troisième objectif de ces réformes « structurelles » est de « flexibiliser » le marché du travail c’est-à-dire de rendre les licenciements et les délocalisations plus faciles pour les employeurs, de diminuer les allocations-chômage sous prétexte d’obliger les chômeurs à chercher du travail alors que la crise détruit des millions d’emplois dans le monde.

Le quatrième objectif est d’augmenter les profits en multipliant les exonérations de cotisations sociales ou d’impôts pour les entreprises, sous prétexte de diminuer les « prélèvements obligatoires », en gelant ou en baissant carrément les salaires.

Le FMI (main dans la main avec l’Union européenne dans la plupart des cas) instrumentalise aujourd’hui les dettes de la périphérie des pays du Nord (pays d’Europe centrale et orientale, pays du Sud de l’Europe) pour leurs imposer ces « réformes structurelles » néolibérales. Les mêmes réformes qui nous avaient mené tout droit à la crise de 2008-2009.

Il ne dédaigne pas, pour autant, imposer sa loi à un pays comme le Nicaragua où il suspend le paiement d’un crédit de 18 millions de dollars après que le gouvernement de ce pays ait accordé, en mai 2010, une prime mensuelle de 529 cordobas (25 dollars) aux travailleurs du secteur public à bas revenus.

Avec le « FMI nouveau », les « Plans d’Ajustements Structurels » au service des sociétés transnationales, des banques et des spéculateurs se multiplient

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