La Bélogue
Vaincre Macron

La bataille pour le salaire à vie

Lecture du dernier livre de Bernard Friot
samedi 28 octobre 2017 par Antoine SEREINE

Pour vaincre Macron, comme le titre l’ouvrage de Bernard Friot, il faut d’abord prendre la mesure de son entreprise et la situer dans l’histoire contemporaine marquée par deux mouvements parallèles.
- Il y eu d’abord le printemps des peuples qui a suivi en France la seconde guerre mondiale. C’est alors que furent posées, à partir de 1946, les bases d’un « statut du producteur » fondé sur les travaux de codification du travail engagés au début du 20ième siècle par la Cgt et la Sfio naissantes ; ce « statut du producteur » se manifestera par la généralisation progressive du salaire à la qualification et par l’institution d’entreprises sociales, anticapitalistes, subventionnées par les cotisations sociales ; il s’affirmera jusque dans les années 70. Cette trentaine d’années faste a gardé dans l’histoire le nom et le souvenir d’années glorieuses, « les 30 glorieuses ».
- Et il y a eu la réponse opposée au Printemps du peuple français, par la classe dirigeante, dès le début des années 50, avec la pose des premières pierres de ce qui deviendra plus tard le marché unique puis, encore plus tard, l’Union Européenne ; cette réponse sera nommée « réforme » ; son sens n’était et n’est toujours autre que de restaurer la production capitaliste, subvertie par les institutions sociales du travail créées après 1945. Les artisans de cette restauration capitaliste à l’échelle européenne seront, en France, Delors dans les années 80, puis Seguin et Rocard à la fin de cette décennie. Ils ont été les premiers à conduire les pays européens sur les terres boueuses de la « réforme » et dans l’ornière capitaliste où l’UE s’est échouée.

Qu’est ce que la réforme des réformistes ?

La « réforme », bien mal nommée, est en fait une « contre révolution capitaliste » qui vise à restaurer les pratiques capitalistes de la valeur, de la propriété lucratives et du statut du producteur. Sur ce dernier point, la classe dirigeante a entrepris depuis les années 80 de remplacer le « salaire à la qualification », fruit d’un siècle de combats syndicaux, par deux piliers de ressources qui réduisent le travail à une marchandise, le dés-institutionnalisent et le rendent à nouveau invisible.

- Un premier pilier, minimal, non contributif, forfaitaire, fiscalisé et universel dont le RSA est le prototype actuel, et dont la forme la plus aboutie serait, dans l’avenir selon les libéraux, le « revenu universel ».

- Un second pilier, dit contributif, adossé à la fois au marché des capitaux et à des comptes individuels personnalisés, réassigne ainsi les travailleurs à la seule performance marchande. L’attaque menée actuellement par Macron, contre le code du travail, pour le remplacer par du « dialogue social » n’a pas d’autres raisons d’être que la victoire de ce second pilier.

« Vaincre Macron », c’est ainsi lutter, avec de bonnes chances de victoire, contre la réforme dont il a fait son pain quotidien ; c’est se battre non pas sur le terrain de la répartition de la valeur produite choisi par les réformateurs, mais sur celui de la « production de la valeur économique  ».

C’est au travail, dans l’entreprise, sur le terrain de la production que la victoire se dessinera et se gagnera.

« La réponse offensive à une contre-révolution capitaliste ne peut être que la poursuite délibérée de la « révolution communiste du travail » [1] : « co-propriété d’usage » des entreprises par les salariés, « subvention de l’investissement » et « salaire à vie ».

Qu’est ce que la révolution communiste du travail en France ?

Le communisme, tel que l’a posé Marx, c’est le mouvement par lequel nos sociétés sortent du mode de production capitaliste pour en adopter un autre, émancipé du carcan capitaliste imposé par la bourgeoisie.

En 1945, la sécurité sociale existe, mais elle est explosée en une multitude de taux, de gestions, de caisses, reflets d’une première histoire déjà conflictuelle.

Les ordonnances d’octobre 1945 qui l’unifient vont attiser les divisions.

Il y a d’abord les désaccords, au sein des partis de gouvernement, entre communistes et gaullistes ; il y a aussi les désaccords entre syndicats et, parmi eux, leur rejet par la CFTC (confédération des travailleurs chrétiens), et les divisions au sein de la CGT (Confédération générale des travailleurs) qui seront le prélude à la scission de 1948 donnant naissance à FO (Force ouvrière).

Il s’ajoute évidemment à ce panorama conflictuel les désaccords avec le patronat qui s’oppose alors, au sortir de la guerre, à toute hausse des salaires et organise en même temps des pénuries pour contrôler les prix et faire monter ses profits.

- 1-La naissance conflictuelle du régime général

Dans ce contexte conflictuel persistant, les « révolutionnaires de 1946 » (CGT, PC, Ambroise Croizat …) vont commencer à transformer le fouillis existant en un « régime général » unifié, et, pour la gestion de la valeur socialisée, chercher à établir :
- une Caisse unique pour l’ensemble famille, santé, vieillesse et accidents du travail.
- un Financement par cotisation à taux unique interprofessionnel.
- une Gestion des caisses et de la valeur socialisée par les travailleurs eux mêmes.

Tous ces objectifs ne seront pas pleinement atteints ; ainsi la caisse unique sera double, la famille disposant de sa propre caisse ; les cotisations seront soumises à plafonnement ; en matière de retraites, les cadres seront dotés d’un régime supplémentaire de retraite hors régime général ...

En l’espace de 6 mois, néanmoins, la structure du régime général sera mise en place et fonctionnelle, le réseau des caisses départementales viendra se substituer à 700 caisses d’assurance diverses, assurera le reclassement de leur personnel, plus de 70000 agents, et la collecte des cotisations en lieu et place des directions régionales du ministère du travail.

Sur le financement de la nouvelle Sécu, la CGT se battra sur 3 fronts principaux, l’« unicité d’un taux de cotisation interprofessionnel », la « nature de la cotisation » et le « refus de sa fiscalisation ».

- La bataille pour le « taux unique » est une bataille pour l’autonomie des caisses vis à vis des entreprises et pour l’unité du salariat ; elle va se mener contre toutes les féodalités patronales qui voient ainsi restreindre leur pouvoir de domination, au delà des limites des bureaux et de l’usine, jusque dans les familles. Cette résistance patronale se manifestera par la création de cotisations plafonnées.

- Sur le front de la « cotisation », de sa nature, c’est sur les retraites que le patronat va manifester son opposition, refusant de voir en elles un « salaire continué ». Contre la CGT, et en accord avec la CFTC et FO, il refuse la suppression du plafond du régime général et met en place l’ARRCO, le régime complémentaire des salariés pour imposer sa vision des retraites en « revenu différé ».

- Enfin le troisième front est celui ouvert contre la volonté de la haute fonction publique de « fiscaliser les cotisations » pour mettre en place une gestion par l’Etat de la Sécurité Sociale. Celle ci arrivera partiellement à ses fins, à la fin des années 80, avec la création de la CSG par Rocard et la mise sous tutelle étatique de l’assurance maladie par Juppé.

La « gestion ouvrière de la Sécurité Sociale » est une nouveauté du régime général.

Sur ce sujet, la prégnance de la CGT va être forte, elle qui gagne les 5 premières élections au conseil d’administration des caisses nationale et régionales ; cependant les alliances conclues entre les représentations patronales et les syndicats minoritaires les écarteront systématiquement de la présidence des caisses.

A la guérilla du patronat, contre les pouvoirs élus dans les caisses, vont se joindre des tentatives de sabotage de l’Etat qui utilise, à ses propres fins, des cotisations perçues par l’institution sociale nouvellement créée, déposées auprès de la caisse des dépôts et consignations.

Dès son retour au pouvoir, De Gaulle va resserrer le contrôle étatique avec la création de l’inspection générale de la sécurité sociale et instituera en 1967, avec les ordonnances Jeanneney, une gestion « dite paritaire » de l’institution sociale où le patronat pourra désormais désigner un nombre de représentants égal à celui des syndicats dans leur ensemble.

Les acteurs de cette transformation de la Sécurité Sociale méritent la qualification de « révolutionnaires ».

Ils vont mettre sur pied en peu de temps une entreprise sociale originale, « La Sécu », disposant alors pour ressources d’environ le tiers de la masse salariale natioanle, fonctionnant sans employeurs, sans actionnaires ni prêteurs, et définissant ainsi une autre pratique du travail par les soignants, les parents, les retraités …

Aujourd’hui encore la cotisation, prise sur la valeur ajoutée, génère 313 des 690 milliards de prestations sociales réparties par la Sécu.

- 2-Le contrat de travail et le salaire sont des institutions anticapitalistes

Si le régime général est une conquête populaire, elle n’est pas la seule institution sociale du travail à présenter des caractères émancipateurs, le « contrat de travail » et le « salaire » méritent mieux que les anathèmes qu’ils soulèvent parfois, à savoir qu’il s’agirait d’institutions capitalistes : « le contrat de travail, c’est la subordination, et le salaire l’exploitation ! »

« Au XIX ème siècle, est considérée comme travail, donc productive, toute activité qui met en valeur du capital alimentant la « propriété lucrative »… Autant cette dernière est bien instituée, autant le travail ne l’est pas ; le monopole de la bourgeoisie capitaliste sur le travail s’exprime dans l’invisibilité des travailleurs comme producteur de valeur. »

A la fin du XIXième siècle et quels que soit les modes de travail alors pratiqués, indépendance, marchandage, patronage, les travailleurs sont perçus seulement comme des « êtres de besoin », des mineurs économiques n’ayant droit qu’à du « pouvoir d’achat » … pour entretenir sa force de travail. Ils sont alors totalement niés dans leur rôle de producteurs de valeur économique.

Le code du travail et les autres institutions naissantes, contrat de travail, conventions collectives, salaires à la qualification vont faire perdre à la bourgeoisie (propriétaires lucratifs, donneurs d’ordre, prêteurs, patrons …) le monopole du travail qu’elle se gardait jalousement, et lui imposer un rôle nouveau d’employeur, avec des droits et des devoirs, le premier d’entre eux étant de respecter ceux des travailleurs employés.

Ainsi, pendant toute la première moitié du XXème siècle, la lutte des classes va t’elle contribuer à instituer, pierre par pierre, le travail et l’emploi salariés et dessiner une institution du travail anti capitaliste, déliée en partie de l’emploi par l’existence du « régime général » qui salarie les soignants, parents et retraités et se substitue à l’employeur en cas de maladies, d’accidents ou de chômage.

Aujourd’hui, si l’on ajoute aux 5,5 millions de fonctionnaires la moitié des retraités qui ont une pension proche de leurs salaire (environ 7 millions), les libéraux de santé, les salariés à statut, et ceux des branches avec droit à carrière, ce sont environ 17 millions de personnes, le tiers des plus de 18 ans qui reçoivent, peu ou prou, un « salaire à vie » fondé sur une « qualification personnelle ». »

- 3-Des prémices d’une production communiste à grande échelle

Ces institutions anticapitalistes de la valeur et du travail forment les prémices d’une « production communiste » à grande échelle, et se mettent en place, depuis 1945, autour du salaire et de sa socialisation .

On peut aujourd’hui mesurer la progression,

- Le « montant de la socialisation salariale de la valeur » peut se lire dans le niveau des ressources de la sécurité sociale, passées du simple au double depuis 1945 et qui atteint aujourd’hui 65% des salaires bruts, plus de 600 milliards ; elle peut aussi se lire, paradoxalement, dans la dénonciation persistante, par ses adversaires, du poids excessif des prélèvements sur la production, passés, pendant les 50 dernières années, de 34% à 45% du PIB.
De même, le combat des intermittents pour déconnecter le salaire de l’emploi, n’aura pas peu contribué à la socialisation salariale de la valeur produite.

- Concernant le « salaire à vie » qui était encore limité quasiment aux seuls fonctionnaires en 1945, les plus grandes avancées ont concerné les droits à indemnisation des chômeurs, indexés sur les salaires dès 1958, puis les droits des retraités dont les droits à pension ont été étendus à tous les salariés depuis les lois Boulin de 1972, et enfin les droits intermittents du spectacle en 1979.

Chacune de ces avancées a contribué à déconnecter plus fortement le « salaire à vie » du seul emploi, et à l’accrocher à la qualification.

- la pratique de la « subvention de l’investissement » et de la « copropriété d’usage » de l’outil de travail, autres institutions salariales nécessaires à une production communiste de valeur, sont illustrés dans le fonctionnement actuel des services de santé et d’éducation qui produisent santé (à l’exception des médicaments) ou éducation selon une toute autre logique que celle du capital.

Les soignants et éducateurs disposent d’un salaire à vie et produisent de la valeur sans être soumis au chantage de l’emploi ni à celui de la dette ; ils ne doivent pas aller sur le marché du travail ; ils ne valorisent pas le capital de propriétaires ou de prêteurs. C’est la cotisation, partie de la valeur ajoutée produite, pour les uns, les impôts pour les autres qui permettent ce fonctionnement, sans capital.

- Enfin les « prestations familiales » reconnaissent au travail produit par les parents une valeur économique et subvertissent ainsi la définition capitaliste du travail et de la valeur ; celle ci, orientée vers l’exploitation et le profit, a toujours rechigné à intégrer les dommages qu’elle provoque.

La contre révolution capitaliste se cache sous la réforme

« La lecture dominante de la réforme, chez ses opposants, est celle d’un déplacement de la répartition de la valeur au bénéfice du capital : dérégulation, austérité, baisse du pouvoir d’achat, recul de la solidarité et des droits des travailleurs. »

C’est certes une dimension présente, mais seconde de la réforme, car la classe dirigeante ne peut maîtriser la répartition de la valeur que parce qu’elle maîtrise en premier sa production ; c’est donc d’abord sur la « production de la valeur », et non sur sa répartition, que porte la réforme qui vise à conforter le pouvoir de la bourgeoisie sur la production dans ses deux dimensions décisives :
- Le « régime de propriété », en restaurant la propriété lucrative et le crédit ;
- Le « statut du producteur », en instituant des droits capitalistes à revenus et à carrière à la place des droits communistes de « salaire à vie » en cours de conquête. 

« La thèse présente dans « Vaincre Macron » est que l’échec des opposants à la réforme tient à leur abandon de la poursuite de la lutte pour une pratique communiste de la valeur, et donc du travail, alors que c’est précisément sur la restauration de sa pratique capitaliste qu’est centrée la réforme : restauration qui ne peut être vaincue qu’en poussant plus loin l’institution communiste du travail en conquérant la maîtrise de la production. »

Mener la riposte à la réforme au nom d’une meilleure répartition de la valeur conduit au contraire, à une mobilisation sur des mots d’ordre comme « non à l’austérité », « taxons le capital », des incantations qui manifestent l’impuissance d’une classe qui renonce à se construire dans l’action pour changer la production … et dont le calendrier est en plus déterminé par l’agenda des réformateurs.

- 1-Institution du travail hors toute qualification

- L’UNEDIC sera la première institution du travail à subir la contre révolution réformatrice de la contributivité. Créé en 1958, pour assurer aux chômeurs un salaire hors emploi, il fonctionnait à la manière du régime général qui dissocie le salaire de l’emploi, et aurait pu être rattaché à ce titre au régime général.

En 1982, le patronat (Gattaz I ) claque les portes de l’Unedic. La nouvelle convention qui s’ensuivra en 1984 tourne le dos à la vision d’une indemnisation de type « salaire continué », et met en place celle d’un « revenu assurantiel différé » qui réinscrit le travail dans le seul emploi.

La nouvelle indemnisation met en jeu une règle de stricte égalité entre durée de cotisation et d’indemnisation et, plus tard, lors de la fusion Anpe-Unedic en Pole-Emploi, l’indemnisation du chômage sera de plus liée à l’« employabilité » d’un chômeur, non plus indemnisé pour son chômage, mais « aidé au retour à l’emploi » par une allocation en ce sens.

La réforme s’est installée vraiment aux commandes lors du gouvernement Rocard (1988-1991) avec la mise en place des premiers éléments, constituant des « piliers de ressources », en opposition au « salaire à vie ».

Plus besoin de claquement de portes comme en 1982, le loup était dans la bergerie.

- Csg, Rmi, et Ces (contrat emploi solidarité) réalisent le premier pilier non contributif, financé par l’impôt et la solidarité et non plus par les cotisations ; quand au second pilier, très contributif, il reçoit ses premières expressions dans la loi Evin (1989) et dans le livre blanc des retraites (1991).

La loi Evin a créé le marché des complémentaires de santé ; il s’agissait alors d’inscrire la mutualité dans la case de libre concurrence imposée par la cours de justice de Luxembourg porteuse d’une interprétation très capitaliste des traités de l’union européenne.

Alors que jusqu’ici, la pratique de santé « de chacun selon ses capacités, à chacun selon ses besoins » était partagée entre les mutuelles et le régime général, à partir des années 80, la concurrence s’installe et le régime général, en matière d’assurance maladie est ravalé au rang d’assurance maladie « obligatoire » pendant que l’assurance maladie « complémentaire » aligne ses cotisations sur la logique financière européenne du « j’ai cotisé-j’ai droit », et les cotisations montent avec l’âge.

Il est clair aujourd’hui que la visée du patronat est de faire des assurance maladies complémentaires le coeur de la production de santé et que Macron est prêt à se prêter à ce jeu et se mettre au service du Medef ; ses projets de transfèrer les cotisations d’assurance maladie sur la CSG sont déjà devant l’assemblée nationale.

- La déconnexion des retraites du travail commence en 1986, sous l’impulsion de Seguin qui indexe les retraites non plus sur les salaires, mais sur les prix et inaugure leur lent recul.

Le livre blanc des retraites (1991), commandé par Rocard est mis en musique par Veil et Fillon dans les 20 années qui suivent, construit le discours du passage du « salaire continué » au « revenu différé ». La question s’est déplacée du droit au maintien du salaire à compter d’un âge politique (60 ans) vers celle de la comptabilité de cotisations comme fondement du droit à pension.

Le projet de Macron d’unifier le régime des pensions autour de l’Agirc, Arrco vient couronner ce déplacement dans lequel le droit fondé sur la qualification de la personne est remplacé par un droit fondé sur la performance marchande sur le marché du travail.

- 2-Un droit de la personne hors de tout lien avec la valeur

- La convention Unedic de 1984 avait créé pour les chômeurs « en fin de droit » les Ass (allocation spécifique de solidarité), cote mal taillée entre contributivité et non contributivité, car financée par l’impôt, mais dont l’attribution était soumise à 5 années de cotisation préalable. Elles seront englouties en 1988 par Rocard avec la création du RMI. Il se tiendra alors le même genre de débat et seront évoquées le même genre de raisons tournant autour de la meilleure utilisation des ressources publiques (l’efficacité administrative) que ceux qui existent autour du très actuel « Revenu universel » censé remplacer son remplaçant (RSA). L’histoire se répète.

A condition d’avoir plus de 25 ans, le RMI constituait un droit de la personne hors travail, totalement détaché de la production de la valeur économique, adressé à des populations hors emploi ayant le devoir de s’insérer.

La pratique communiste de la valeur s’exprime dans la qualification, repose sur l’immanence du travail, et fait du salaire un attribut de la personne.

Contrairement à celle ci, la contre révolution réformatrice divise la valeur en 2 piliers de ressources. Dans le premier le droit de la personne à un revenu n’a rien à voir avec la reconnaissance d’une production de valeur et de travail ; dans le second, les droits économiques excluent, à nouveau, la qualification personnelle, dépendent de la performance sur le marché, et s’expriment dans des revenus directs contributifs et dans des revenus différés inscrits sur des comptes personnels qui .

En bref, les droits de la personne ne sont pas économiques et les droits économiques ne sont pas des attributs de la personne. Le travail doit rester la seule prérogative du capital.

Il est probable que l’universalisation du chômage annoncée par Macron comprendra de même 2 piliers, l’un contributif soumis à une obligation de formation professionnelle, et l’autre non contributif et du niveau du Rmi/Rsa.

- Le financement des allocations familiales a suivi le même cheminement que celui de l’ASS et du RMI. Au départ, au sortir de la seconde guerre, elles sont destinées à augmenter les salaires des ménages avec enfants pour contourner l’opposition du patronat à toute augmentation de salaire. La « cotisation familiale » est ainsi un salaire socialisé qui reconnait le travail, hors emploi, des parents qui produisent de la valeur sans actionnaires ni employeurs.

En 1989, la CSG est créée par Rocard. Il s’agit comme pour le RMI de remplacer du salaire par une allocation de solidarité et de transformer des travailleurs hors emploi, payés par une cotisation, en pauvres aidés par l’impôt.

Cependant, la cotisation est un élément du salaire socialisé (net + cotisations) et partage la valeur ajoutée avec le profit, ce qui est une excellente chose pour réduire le poids de la « propriété lucrative » dans la production de valeur économique.

Remplacer la cotisation par de l’impôt - et c’est ce que fait Macron - c’est baisser le salaire socialisé, c’est faire reculer la lutte des salariés pour la production de valeur et c’est réaliser aujourd’hui le rêve que le patronat n’a pu réaliser en 1945.

- En matière de production de santé, la contre révolution réformatrice a été menée par Juppé et Jospin qui a remplacé la cotisation maladie salarié par la CSG, sensible qu’il fut aux sirènes patronales chantant l’air du « les soignants sont des improductifs et des dépensiers, c’est donc à la solidarité de financer les fainéants ... ».

Pourtant, rien de tout cela ne sonne le vrai, les soignants sont des producteurs de santé et la valeur de leur production, utile socialement et non marchande pour l’essentiel, est reconnue par des salaires.

- C’est en 1994 que Mme Veil a introduit la CSG pour financer la retraite des déshérités, le FSV (le fonds de solidarité vieillesse) et assurer des prestations non contributives.

Macron va probablement s’appuyer sur ce fonds comme premier pilier d’un régime de pension unifié et complété d’un second pilier à comptes notionnels. Si cette logique s’impose dans l’avenir - celle du retraité fainéant - alors l’horizon de chacun sera le cumul de ses droits acquis, et la logique de la propriété lucrative sera solidement inscrite dans l’institution capitaliste du travail.

- 3-Mener la bataille de la valeur

« C’est une tout autre institution du travail qu’ont commencé à construire les révolutionnaires de 1946. Contre la transposition de la capitalisation dans la répartition, et en s’inspirant du régime de pension des fonctionnaires, ils ont construit un droit au « salaire continué » dans une pension qui remplace le meilleur salaire.

« Proposer une alternative au projet Macron, c’est proposer d’unifier tous les régimes de retraite autour de celui des fonctionnaires et de supprimer les annuités du calcul de la pension puisque, la pension étant la contrepartie de la valeur que les retraités sont en train de produire, il n’y a aucune raison de tenir compte de leur carrière passée dans son calcul. »

« Mener une telle bataille sur des propositions diamétralement opposées à celles des réformateurs suppose d’ouvrir le débat sur le travail des retraités, de récuser l’inactivité qui leur est imposée par une bourgeoisie qui, refusant de valider comme travail les activités qui ne mettent pas en valeur son capital, impose à des personnes qui vont vivre des dizaines d’années encore un statut identique à celui des femmes au foyer, exaltées pour leur utilité sociale, leur bénévolat, mais niées comme productives. » 

« C’est refuser de prendre acte de cette césure capitaliste de la biographie entre un temps d’emploi sans maîtrise du travail et un temps de retraite voué au bénévolat et au loisir, c’est aussi faire appel à la responsabilité des retraités pour la production de valeur marchande dans des entreprises alternatives auxquelles ils peuvent apporter leur contribution à la valeur ajoutée, sans avoir à être payés puisqu’ils le sont déjà par les caisses de retraite. »

La fiscalisation du premier pilier de ressources ne s’est pas limitée à la diminution du salaire socialisé par l’annulation de la cotisation, elle a joué aussi sur le salaire direct en le déconnectant de toute référence à la qualification.

Cette transformation du salaire direct a commencé par la disqualification de la rémunération des jeunes et c’est sur elle qu’elle continue à se construire. l’enjeu était d’en terminer avec la progression du salaire d’embauche qui a si bien baissé de niveau qu’en 25 ans, entre les années 60 et 90, il a été divisé par deux et qu’il s’est accompagné de l’actuelle sur-qualification répandue des jeunes personnes en emploi.

On doit à Raymond Barre le premier plan emploi-jeunes en 1977 qui sera suivi de bien d’autres pour faire passer l’idée du « mieux vaut un petit boulot que rien du tout » et passer de CES (contrat emploi solidarité ), en « emploi jeunes » ou « emplois aidés » (les emplois qui aident les patrons en faisant assumer le salaire par les contribuable) ; l’idée sera élargie peu à peu à d’autres catégories de travailleurs victimisables.

Dès lors, la solidarité capitaliste s’en donne à coeur joie dans le déni des qualifications au nom des « bons sentiments » .

Ainsi le SMIC, largement payé par les contribuables avec le RSA activité, est il devenu l’étalon des rémunérations d’embauche, hors toute référence à la qualifications, … 0,5 - 0,8 - 1,2 SMIC.

Dans l’« avenir radieux des lendemains qui chantent » préparé par les réformateurs, le premier pilier s’unifiera dans le revenu universel et se substituera au 800 premiers euros du SMIC ; ce premier pilier sera l’indispensable condition d’acceptation du second et, en même temps, le filet de sécurité nécessaire à supporter les aléas du revenu contributif lié au marché.

- 4-Invisibilisation du travail par le dialogue social

« Le devant de la scène réformatrice est occupé aujourd’hui par le remplacement du code du travail par le dialogue social, coeur des lois travail et instrument décisif d’un retour à l’invisibilisation du travail. »

Les deux piliers de ressources s’en sont pris à l’universalité du « salaire à la qualification » en segmentant les travailleurs entre contributifs et non contributifs ; les uns voient leur droits suspendus à la performance, les autres aux formes de la solidarité capitaliste.

En y ajoutant la « négociation d’entreprise », la contre révolution réformatrice recherche l’invisibilisation du travail, en outre de la liquidation de son code et de son droit.

Le régime général a visibilisé le travail invisible des parents, des soignants, des retraités en le rémunérant, travail invisible dont le modèle est bien toujours le travail domestique des femmes et des hommes.

Que cherchent à faire aujourd’hui les ordonnances de Macron sur le travail ?

Habiller d’une couverture d’invisibilité le travail, son code, c’est à dire déshabiller les travailleurs de leurs droits, les dénuder, mettre fin au rôle d’employeur que le contrat de travail salarié avait institué contre les formes anciennes du travail, indépendance, patronage, marchandage

« La référence obsessionnelle au dialogue social et à la négociation d’entreprise présente dans les ordonnances vise à y rendre possibles de prétendus accords qui vont dés-instituer le salaire et les conditions de travail. »

De fait, c’est la fin du CDI qui se prépare et le retour de la rémunération à la tâche (contrat de mission), c’est une fragilisation de l’emploi voulue et délibérée, sa précarisation, et c’est la consécration d’un infra-emploi, avec en perspective la fin de l’emploi à vie des fonctionnaires et l’effacement du grade signe de leur qualification.

L’emploi, sans les contraintes de l’employeur,

Un rêve pour la bourgeoisie qui se voit débarrassée du boulet du code du travail, jouit de la propriété de l’outil de travail et des facilités du chantage à l’emploi et, cerise sur le gateau, divise le syndicalisme.

Alors qu’en matière de « Sécurité sociale professionnelle », la Cgt lutte contre le déshabillage en règle du travailleur, et propose d’aller plus loin dans le droit au salaire de la personne et de le maintenir dans les périodes de chômage, tel n’est pas le cas à la CFDT où la « Sécurisation des parcours professionnels » exclut formellement l’attachement à la personne d’un droit au salaire.

« Vaincre Macron suppose de mettre fin à la série des reculs sociaux enregistrés depuis des décennies et de choisir de nouveau terrains « pour la sauvegarde et le développement des droits politiques attachés à la personne : droit au salaire à la qualification, droit de propriété d’usage de l’outil de production, droit de délibération dans les instances de subvention de l’investissement … »

Poursuivre la pratique communiste du travail

« La tâche numéro 1, c’est de restaurer notre appareil productif sur des bases faisant sens d’un point de vue anthropologique, territorial et écologique. », ce dont Macron est bien incapable, lui dont le projet est d’inscrire davantage notre économie dans la mondialisation capitaliste qui détruit les appareils productifs nationaux, invisibilise le travail, ignore la valeur d’usage, dépouille les territoires au profit des métropoles.

« Vaincre Macron, ce n’est pas s’opposer à lui pour défendre des victimes, ses victimes, les victimes de la mondialisation, mais c’est promouvoir avec efficacité et détermination un appareil productif alternatif capable de répondre aux enjeux. »

- 1-Donner un nouvel horizon au travail

La condition indispensable d’une souveraineté populaire sur la production, sans laquelle il est impossible à chacun de construire un projet de vie, est de sortir le travail du carcan capitaliste.

Les élus du capitalisme sont peu nombreux et la majorité des populations vit une précarisation faite de la soumission au travail, du management par la peur, d’un accès difficile aux services publics, de la crainte sur son devenir et sur celui de ses enfants ; précarisation qui amène la tentation xénophobe illustrée, en Allemagne, par le récent retour, au Bundestag, d’une nombreuse représentation de l’extrême droite.

L’emploi y est régulièrement réduit par la recherche de productivité et se voit de plus prédire un facheux avenir lié aux progrès de la révolution numérique.

Bref, on a là la vision d’un travail limité, restreignant la satisfaction de besoins illimités, et aboutissant aux désastreux mot d’ordre, « travailler moins pour travailler plus », et solidarité capitaliste de « ceux qui ont beaucoup envers ceux qui ont peu ou rien »  .

« Contre la solidarité capitaliste avec ses victimes, la solidarité communiste consiste à assumer ensemble notre responsabilité pour conduire le travail à un niveau tel qu’il permette l’emploi de tous car le travail est en vérité inépuisable.  »

Cet espace du travail, libéré du carcan capitaliste, est celui de la fin de « la fin du travail » ; et c’est celui qui ouvre le droit au salaire à vie.

« En libérant le travail de sa finalité de valorisation du capital, cela tue dans l’oeuf l’obsession de croissance et de productivisme née de la baisse tendancielle du taux de profit et de la volonté de la contrecarrer.

En choisissant de valoriser des activités à impact naturel positif, nous pourrons maintenir l’actuel niveau de production de valeur, tout en diminuant son impact négatif sur la nature.

« Inscrire le travail dans la perspective communiste de la valeur aura pour effet d’augmenter la part de la production non-marchande, de libérer la production marchande de la folie de la production capitaliste. »

Cette inscription ouvrira au travail des horizons nouveau en le déplaçant vers des activités délaissées par le capital.

- 2-Attacher à la personne les droits de souveraineté sur la valeur

La bourgeoisie a été une classe révolutionnaire du temps où elle émancipait encore le travail de sa pratique féodale. En 1789, la révolution française, qui fut une révolution bourgeoise, unifiait la population et reconnaissait la personne comme porteuse de droits politiques identiques, mais la révolution s’est arrêtée à la porte du travail et des entreprises.

Aujourd’hui, la bourgeoisie mondialisée est devenue une classe réactionnaire sclérosée sur ses propres intérêts et incapable d’organiser la production de la valeur économique sur des bases écologiques et anthropologiques saines.

La contre révolution réformatrice n’a d’autre but que de conserver à la bourgeoisie la souveraineté sur la valeur économique et de nier la participation du salariat à sa production. Ce qui est nié précisément, c’est la maîtrise, par le salariat, du travail abstrait, de la décision sur la valeur, de ce qui va être produit, de l’investissement, de l’organisation du travail,

Si le premier pilier de ressources constitue bien un droit de la personne, ce n’est pas un droit institué dans le domaine de la valeur économique, et si le second pilier, contributif, reconnait bien une production de valeur, il n’est en rien un droit de la personne.

On attend une nouvelle déclaration des droits humains qui dirait, à l’instar de ce qui fut dit sur la propriété en 1789,

« Le salaire étant un droit inviolable et sacré, nul ne peut en être privé si ce n’est par la nécessité publique … »

Et c’est la tache du salariat que de fonder ainsi la souveraineté populaire sur la valeur ; l’absence de maitrise du travail, dimension structurante des existences humaines et de la vie en société, conduit aux dérives et dégâts, dont le chômage est la vitrine, et dans lesquelles les politiques plongent vies et sociétés.

Vaincre Macron, c’est aussi vaincre le Medef et la bourgeoisie qui s’arque-boutent sur la propriété lucrative et sur le monopole de la production de valeur. C’est possible si leurs opposants font de la conquête du droit des personnes à la souveraineté sur la valeur - et donc le salaire à vie et la copropriété d’usage de l’outil de travail - le coeur de leur action politique et syndicale.

Contre la négociation d’entreprise, il faut donc affirmer que le droit des personnes à la souveraineté sur la valeur, le travail abstrait, la qualification, la copropriété d’usage de l’outil de travail ne sauraient concerner que la loi, et laisser dans l’espace de la négociation d’entreprise ce qui concerne exclusivement l’organisation du travail concret.

- 3-Centrer la démocratie sur le travail

Les ordonnances de Macron, sa volonté de favoriser les riches au détriment de tous et du bien public, mettent en évidence la déliquescence de l’appareil d’Etat, sa porosité avec la bourgeoisie capitaliste et avec le Medef, la détermination d’un président à mener une guerre sociale.

Tout cela laisse des traces et des blessures dans la société. La démocratie politique en souffre et les signes collectifs de sa dérive apparaissent ; il y a l’évasion fiscale des plus riches, les dérives xénophobes, la forte abstention citoyenne aux élections présidentielles et législatives, puis le dégout affirmé des premières mesures présidentielles …

Lier la démocratie et le travail de chacun au quotidien est en mesure de compenser les dérives de la démocratie politique et de lutter contre le fatalisme morose engendré par les politiques réformatrices. La démocratie au travail, du travail et par le travail, suppose la mise en jeu des institutions fondamentales dont le XXième siècle a créé les prémices.

- Le « salaire à vie » est un droit de la personne ; ouvert à l’âge de la majorité politique et s’éteignant avec la mort, progressant avec la qualification, il met fin à la violence réformatrice et capitaliste du chantage à l’emploi et de l’appropriation des ressources collectives. Il est un premier pas vers la démocratisation de la production de valeur économique qui suppose que la valeur marchande de la production soit socialisée.

Des caisses de salaires, mutualisées à l’échelon national, collecteront les cotisations salariales fondées sur la valeur ajoutée et paieront les salaires, aucune entreprise n’étant en mesure d’assurer des salaires à vie.

Les travailleurs indépendants ne se paieront plus sur leur bénéfices, mais cotiseront à ces caisses.

Salariés, indépendants, patrons de Pme, tous sont soumis aux aléas du marché et gagneront ainsi, par le « salaire à vie », une réelle indépendance.

Une telle affirmation du « salaire à vie » heurte les conditionnements que les rituels de la violence capitaliste et économique créent et entretiennent chez les humains pour assurer les ressources des uns aux dépens de tous ; cependant, c’est à lutter contre ces rituels et ces conditionnements qu’un programme de renaissance de la gauche doit s’atteler.

- La « copropriété d’usage des outils de production » mettra fin à la « propriété lucrative des moyens de production » et suscitera évidemment des résistances de type patrimoniales mais aussi des acquiescements fondés sur des raisonnements cout/bénéfice. Elle est une condition sine qua non de la démocratie dans le travail pour que la production de valeur n’y soit pas détournée au profit d’intérêts particuliers.

Libérée de toute lucrativité, la pratique du patrimoine sera le fait des nouvelles collectivités publiques, à instituer, gérées par les intéressés eux mêmes, les salariés. Pour autant, ces collectivités ne seront pas propriétaires de l’usage de ce patrimoine, transféré à chaque travailleur par le droit.

Produire de la valeur selon les règles capitalistes nécessite l’anticipation de l’investissement et le passage par le circuit de l’endettement/crédit, ce qui limite la liberté et l’égalité dans l’accès de tous au droit à la copropriété d’usage.

De là, la nécessité d’abolition du crédit lucratif et son remplacement par des cycles de cotisation/subventions d’investissements pour assurer aux travailleurs l’accès inconditionnel à l’outil de travail et à la maîtrise de leur travail.

« La lutte contre la possibilité de tirer un revenu d’un patrimoine doit être au premier plan d’une conquête de démocratie politique grâce à la démocratie au travail. »

Dans le mode de production capitaliste, le profit généré par le travail appartient aux propriétaires qui le re-prêtent sous forme de crédit lucratif, par les circuits de la finance, aux travailleurs et entreprises qui s’endettent auprès des mêmes pour assurer les lendemains.

En somme, pour vivre tout simplement, les travailleurs sont contraints dans un monde capitaliste de forger eux mêmes les chaines qui les enchainent.

Heureusement, il n’y a aucune fatalité à ce cercle vicieux ; dans l’après guerre, lors des 30 glorieuses, le développement des équipements et infrastructures dans la production de la santé et de l’éducation a démontré la faisabilté d’un fonctionnement sans actionnaires ni prêteurs.

La création de caisses d’investissement, collectant les cotisations et assurant les subventions d’investissement, permettra de mutualiser l’investissement entre les secteurs en perte de vitesse et ceux florissants.

Loin de renforcer la maîtrise de l’outil de travail par le capital, comme le fait le crédit, le cycle cotisation - subventions assèche heureusement la centralisation financière capitaliste.

« Recentrer la démocratie sur le travail, c’est faire des entreprises et des institutions de coordination de l’activité économique des lieux décisifs de la démocratie et de la pratique de la citoyenneté, en instituant la responsabilité personnelle envers la société non pas hors du travail mais dans le travail. »

Le citoyen sera quelqu’un qui assume, dans l’entreprise et dans les caisses d’investissement ou organismes de coordination économique, ce qu’il estime être le bien commun ; il construira ainsi une pratique communiste et pragmatique de la valeur.

- 4-Poursuivre le geste de création du régime général en 1946

« Le geste que posent les révolutionnaires de 1946 en créant le régime général, rappelons-le, consiste en ceci : ils socialisent une part importante de la valeur dans un régime unique qu’ils gèrent eux-mêmes pour produire une autre valeur que la valeur capitaliste. D’emblée, les travailleurs organisés exercent la propriété d’usage de l’équivalent du tiers de la masse salariale, ils unifient des droits jusqu’ici très hétérogènes pour constituer un salariat homogène, et ils vont commencer à sortir le travail de son carcan capitaliste, avec la reconnaissance de celui des parents, des soignants, des chômeurs, des retraités. Bref, ils sont en responsabilité économique et ils changent la production. »

L’institution reste vivante de bien des manières, mais elle a été dénaturée en son cœur, la gestion par les salariés, qui apparaît comme un droit économique absolument insupportable pour la bourgeoisie. 

Ce n’est pas le hasard si le général de Gaulle s’est attaqué à ce droit dès son retour aux affaires et cela signe en même temps son caractère stratégique, aujourd’hui encore.

La classe dirigeante a porté le fer là où son pouvoir était le plus menacé, et d’abord dans la « propriété d’usage des cotisations » avec la réforme du « paritarisme majoritaire » en faveur du patronat, qui coïncide avec la fin des 30 glorieuses et le début des 30 piteuses.

Depuis, la bourgeoisie n’a pas trouvé devant elle des opposants déterminés à poursuivre la construction d’un salariat parti à la conquête de l’égalité des personnes en matière de souveraineté sur la valeur.

Aujourd’hui, l’enjeu reste comme en 1946, de l’appropriation par les travailleurs d’une part suffisante de la valeur pour sortir le travail de sa pratique capitaliste ; la volonté est grande d’y parvenir et de sortir de l’impuissance des mobilisations actuelles.

S’endetter pour travailler, attendre ses ressources des aléas d’un marché que l’on ne maitrise pas ne sont pas des contraintes naturelles mais celles du mode de production capitaliste, celles d’une bourgeoisie en guerre économique contre les travailleurs.

Résister aux ordonnances dans l’entreprise en ce qu’elles déconstruisent les droits des travailleurs, refuser le dialogue social, délégitimer propriétaires lucratifs et prêteurs font partie des mesures d’intervention et auto organisation dans le travail qui peuvent être menés dans les entreprises en vue de la conquête des droits de la personne à la souveraineté sur la valeur.

Cette auto organisation pourrait aussi s’appuyer sur une action collective visant à socialiser une part plus grande de la valeur. Le doublement de la valeur de la cotisation (passant de 500 milliards aujourd’hui à 1000 milliards d’euros) pourrait être une opération blanche pour les entreprises, le cout étant compensé par la réduction, pour le même montant, de leurs dettes d’investissement, loyers et des dividendes devenus sans objet.

En même temps l’obtention des marchés publics serait réservée aux seules entreprises dont la propriété d’usage est assurée par les travailleurs … et interdite aux entreprises inscrites dans la propriété lucrative.

Il y a là de quoi reprendre le chemin et le geste révolutionnaire, délaissé depuis les années 70, de la constitution du salariat comme classe révolutionnaire à la conquête d’un mode de production communiste.

Pourquoi attendre ?

« Dans la vie il n’y a pas de solutions ; il y a des forces en marche : il faut les créer et les solutions suivent. » (Vol de nuit - Antoine de Saint Exupéry)

[1Dans ses précédents ouvrages, Bernard Friot a désigné sous le nom d’ « institutions salariales » les différentes conquêtes issues des combats ouvriers du XXième siècle. Avec « Vaincre Macron », il résume, et s’en explique, la geste globale de ce siècle sous les appellations nouvelles d’institutions ou pratiques communistes du travail ou de la valeur ; il oppose les solidarités communiste et capitaliste ; et il propose que le salariat se constitue en classe révolutionnaire, reprenant le combat délaissé dans les années 70. Il n’y a pas, dans le recours à ce langage, l’évocation d’un dogme nostalgique, mais la volonté de nommer ce qui, dans le travail et son organisation, nait au quotidien et vise au bien commun.


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