La Bélogue

Et nous vivrons des jours heureux

mercredi 12 avril 2017 par INVITES

« Les Jours heureux », c’est ainsi que s’intitulait le programme rédigé par le Conseil national de la Résistance en 1944 alors que la France était encore sous occupation nazie. « Les Jours heureux », fruit d’une convergence des luttes au cœur de la barbarie. « Les Jours heureux », l’espoir de recouvrer la liberté et d’écrire l’histoire d’une société plus juste.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, le programme des Jours heureux a permis de réformer la société française. Il a rétabli la démocratie et le suffrage universel, la liberté de presse, d’association, de pensée, et l’égalité absolue de tous devant la loi. Il a réorganisé l’économie afin d’assurer la subordination des intérêts particuliers à l’intérêt général, rendu à la Nation ses moyens de production, le fruit du travail commun, ses sources d’énergie et ses richesses. Il a nationalisé les grandes banques et les compagnies d’assurances. Il a instauré le droit au travail et le droit au repos, garanti à chaque travailleur et à sa famille un niveau de salaire et de traitement suffisant pour vivre dignement. Il a établi un plan complet de sécurité sociale afin d’assurer à tous les citoyens des moyens d’existence même en cas d’incapacité de travailler. Il a élevé et sécurisé le niveau de vie des travailleurs de la terre par une politique de prix agricoles rémunérateurs, et a mis en place les retraites par répartition afin que les vieux travailleurs puissent finir dignement leurs jours.

En quelques mots, le programme des Jours heureux a permis l’élaboration d’une société plus juste, plus libre et plus solidaire.

Aujourd’hui la France n’est pas occupée, mais 3,8 millions de personnes y sont mal logées et, parmi elles, 141 500 sont sans domicile. Aujourd’hui nous ne sommes pas en guerre, mais près de 18 000 personnes vivent dans un bidonville, et près d’un tiers des enfants mal-logés souffrent de sifflements respiratoires. Non, aujourd’hui la France n’est pas occupée, mais entre 2 et 3,9 millions de ses habitants vivent dans un ménage pauvre, et 12,3 % de ses salariés ont un emploi précaire. Nous ne sommes pas en guerre, mais nous subissons un chômage de masse avec 3 millions de chômeurs en France, et nous sommes à peu près autant de Français au bord du burn-out. La France n’est pas en guerre, mais nous épandons chaque année sur ses terres près de 66 600 tonnes de pesticides, alors que nous savons certains de ces produits cancérogènes, mutagènes, reprotoxiques et responsables de la mort de 250 000 personnes par an dans le monde. Nous ne sommes pas en guerre, mais 115 personnes meurent chaque jour France à cause des particules fines émises par le diesel.

Ou plutôt si, nous sommes en guerre

Une guerren qui a commencé avec la mondialisation néo- libérale et se poursuit aujourd’hui avec la financiarisation de l’économie. En guerre sans trop le savoir, en guerre sans trop l’être, nous sommes en crise économique, sociale, écologique et politique.

Alors, nous avons de bonnes raisons de nous indigner.

Et c’est ce que nombre d’entre nous ont fait en refusant la loi Travail. En demeurant des "nuits debout" à dénoncer le pouvoir démesuré de la finance et de grands actionnaires qui, entre traités dits "de libre-échange", arrangements entre amis et Panama Papers, consument notre démocratie. En refusant la logique d’un monde où, tandis que quelques-uns accumulent les dividendes, le plus grand nombre en subit les conséquences, toujours plus flexibilisés et victimes de cadences accélérées, sans pour autant récolter le juste salaire de leur travail.

Aujourd’hui nous écrivons

Pour dénoncer cette oligarchie, qui mettant le peuple sous tutelle, détruit nos biens communs et est contraire à notre idéal démocratique.
Nous écrivons contre la déliquescence de la démocratie, contre la confiscation du pouvoir politique par des castes liées à l’oligarchie économique et financière.
Et nous écrivons pour demander la séparation des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, demander à être écoutés, nous ré-approprier la chose publique et faire ensemble de la politique, car elle est l’affaire de tous, et que nous sommes tous concernés par la montée de la misère, du chômage et par le réchauffement climatique.

Enfin, nous écrivons pour refuser.

Refuser l’exploitation de la nature à l’origine de la crise écologique, climatique, planétaire et sanitaire. Refuser les monocultures qui appauvrissent nos terres et les pesticides qui polluent nos rivières et nous intoxiquent.
Refuser les OGM qui asservissent les paysans, rendent malades le bétail autant que nous-mêmes. Refuser les énergies fossiles et fissiles, et tous ces grands projets d’infrastructures qui, tout en détruisant notre planète, nous mènent à notre perte.

Ainsi, parce que nous ne voulons plus de ce système, plus de cette crise, plus de cette misère, plus de cette injustice, parce que nous souhaitons qu’aux nuits debout succèdent des jours heureux, nous avons demandé à une centaine de citoyens français, reconnus dans leurs domaines, de faire ensemble des propositions pour un monde meilleur.

Des propositions pour un monde meilleur.

Un monde démocratique plutôt qu’oligarchique. Solidaire plutôt qu’individualiste. Transparent plutôt qu’opaque. Un monde remplaçant la compétition par la coopération, le jetable par le réparable, l’obsolescence programmée par le durable, l’aliénation par la liberté et le mal-être par le bien-être. Oui, c’est parce que nous ne croyons plus en ce système politique, parce que nous sommes dans une situation critique, que nous avons décidé de nous unir et de réactiver ensemble l’idéal des résistants de la Seconde Guerre mondiale en réécrivant le programme des Jours heureux.

Ce programme commence par une ré-appropriation des biens communs - et notamment des ressources naturelles, du travail et de la monnaie. Autrement dit, il commence par l’accessibilité pour tous et la gestion commune des ressources essentielles.
Il invite à prendre soin plutôt qu’à surproduire, à préserver plutôt qu’à accumuler, à privilégier la qualité plutôt que la quantité, et la sobriété matérielle plutôt que la démesure.
Il invite à opérer une transition économique, sociale, écologique et politique, organisée démocratiquement, articulant le global et le local, l’individuel et le collectif, et mettant au cœur de ses préoccupations le bien-être universel.
Il réactive, dans chacun de ses chapitres et de ses thèmes, les valeurs aujourd’hui malmenées de l’égalité et de la solidarité, des libertés et des droits fondamentaux, en faisant de la démocratie active et permanente aussi bien une fin désirable en soi qu’un moyen efficace au service du mieux-vivre.
Et il porte sur la place de la France dans le monde en tant que pays qui devrait défendre des propositions de paix, de désarmement, de coopération contre la guerre économique et son "libre-échange".

Désormais, nous prendrons soin.

Nous prendrons soin des personnes et du travail, soin du lien social, soin des choses, soin de la nature et soin de la démocratie.

Désormais, au lieu de surproduire et de détruire en masse, au lieu de réduire la richesse de notre société à sa production économique, nous ferons attention aux dommages collatéraux causés par une croissance illusoire, destructrice de la planète. Nous étendrons nos richesses bien au-delà de la seule production matérielle, au lien social, à la nature, à la culture et à la démocratie, à tout ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue.

Et puis, désormais, au lieu d’accumuler des biens privés à outrance, nous veillerons à préserver ensemble nos biens communs.

Nous veillerons à préserver la qualité de l’air de nos villes, de la terre de nos campagnes, de l’eau de nos rivières et de la biodiversité. La qualité de notre patrimoine culturel, de notre protection sociale, de notre travail, de notre emploi. La qualité des écosystèmes, du climat et de la vie.

Oui, nous veillerons à protéger tout cela, car nous pensons que c’est en valorisant la qualité plutôt que la quantité que nous atteindrons la sobriété heureuse. Nous veillerons à tout cela, et nos jours heureux seront ceux de la suffisance matérielle plutôt que de la surabondance - avec plus de dons, d’échanges, de réparations et de partages. Nous protégerons tout cela.

Et nos jours heureux seront ceux de la décentralisation, ceux des circuits courts, de la déconcentration des villes et de l’autonomie des territoires ruraux. Nos jours heureux seront ceux du service partagé - de la consommation collaborative, du covoiturage, de l’autopartage, des jardins communs, de la cohabitation et de la mutualisation des achats.

Oui, nos jours heureux mettront le partage au cœur de leur préoccupation. Ils remplaceront le culte de la vitesse par la mobilité économe en réduisant les distances et le nombre de déplacements, en encourageant les transports mutualisés, le tourisme local et l’écoconduite.

Enfin, à notre vision anthropocentrique marquée par l’artificialité, nos jours heureux substitueront une vision transversale unissant la nature et la culture. Ils le permettront en privilégiant l’économie circulaire, les énergies renouvelables, l’alimentation biologique, locale et de saison, en réduisant la place accordée à l’automobile, en limitant l’étalement urbain, en modérant les espaces chauffés.

Ils permettront tout cela par de nombreuses mesures que nous mettrons en place ensemble. Ce sont ces mesures essentielles que nous vous proposons dans les pages qui suivent, sans prétendre à l’exhaustivité.

Il faut voir ce livre collectif comme un point de départ pour un mouvement citoyen, et non un point d’arrivée. Il est destiné à ouvrir des débats partout en France pour que des propositions fortes puissent, en 2017 et au-delà, être soumises à délibération et à des candidats et candidates aux responsabilités électives.

Pour que nous vivions des jours heureux.

Ce texte, de Fanny Charrasse, des auteurs de l’ouvrage et de l’équipe bénévole #LesJoursHeureux, constitue le préambule de l’ouvrage.

La vidéo qui suit est réalisée par Médiapart ; elle éclaire l’histoire et les attendus des #JoursHeureux et les prolongent dans un appel citoyen, mené avec une cinquantaine d’associations, portant sur25 mesures prioritaires, soumises à la consultation citoyenne, et destinée également à l’interpellation des candidats à la présidentielles.

- #LesJoursHeureux sur le web : http://les-jours-heureux.fr/

- #LesJoursHeureux sur Twitter : https://twitter.com/lesjourszeureux


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