La Bélogue

« Le Prophète », un vrai programme présidentiel !

samedi 25 mars 2017 par Paul FAICHE

« Le Prophète » est plus qu’un livre. C’est un cadeau offert à l’humanité toute entière. Dans un langage très poétique, l’auteur relate le testament spirituel d’Almustapha au peuple d’Orphalèse. Il éclaire par sa parole une trentaine de thèmes vitaux, l’amour, le mariage, les enfants, le don, le travail ... dans un langage imagé et pénétrant qui peut accompagner chacun dans la connaissance de soi et de la vie. Comme les 500 parrainages, la lecture et la méditation du Prophète devraient être une obligation faite aux candidats à la présidence de la république, pour remonter le niveau d’une compétition brutale et largement dévoyée par les enjeux de pouvoir.

L’Amour

Quand l’amour vous fait signe, suivez le.
Bien que ses voies soient dures et rudes.
Et quand ses ailes vous enveloppent, cédez-lui.
Bien que la lame cachée parmi ses plumes puisse vous blesser.
Et quand il vous parle, croyez en lui.
Bien que sa voix puisse briser vos rêves comme le vent du nord dévaste vos jardins.
Car de même que l’amour vous couronne, il doit vous crucifier.
De même qu’il vous fait croître, il vous élague.
De même qu’il s’élève à votre hauteur et caresse vos branches les plus délicates qui frémissent au soleil,
Ainsi il descendra jusqu’à vos racines et secouera leur emprise à la terre.

Le Mariage

Aimez-vous l’un l’autre, mais ne faites pas de l’amour une chaîne.
Laissez le plutôt être une mer dansant entre les rivages de vos âmes.
Emplissez chacun la coupe de l’autre, mais ne buvez pas à la même coupe.
Donnez à l’autre de votre pain, mais ne mangez pas de la même miche.
Chantez et dansez ensemble et soyez joyeux, mais laissez chacun de vous être seul. De même que les cordes du luth sont seules pendant qu’elles vibrent de la même harmonie.

Les Enfants

Vos enfants ne sont pas vos enfants.
Ils sont les fils et les filles de l’appel de la Vie à la Vie.
Ils viennent à travers vous mais non de vous.
Et bien qu’ils soient avec vous, ils ne sont pas à vous.
Vous pouvez leur donner votre amour, mais pas vos pensées.
Car ils ont leurs propres pensées.
Vous pouvez héberger leurs corps, mais pas leurs âmes.
Car leurs âmes résident dans la maison de demain que vous ne pouvez visiter, pas même dans vos rêves.

Le Don

Et il y a ceux qui possèdent peu et qui le donnent en entier. Ceux-là ont foi en la vie et en la générosité de la vie, et leur coffre ne se vide jamais.
Il y a ceux qui donnent avec joie, et cette joie est leur récompense.
Et il y a ceux qui donnent dans la douleur, et cette douleur est leur baptême.
Et il y a ceux qui donnent et qui n’en éprouvent point de douleur, ni ne recherchent la joie, ni ne donnent en ayant conscience de leur vertu.

Ils donnent comme, là bas, le myrte exhale son parfum dans l’espace de la vallée.

La Boisson et la nourriture

Lorsque vous tuez un animal, dites-lui en votre cœur : "Par cette même puissance qui te donne la mort, je suis mis à mort également ; et je serai aussi dévoré".
Car la loi qui t’a livré entre mes mains me livrera à une main encore plus puissante.
Ton sang et mon sang ne sont autre que la sève qui nourrit l’arbre des cieux."
Et quand vous croquez une pomme à pleines dents, dites lui en votre cœur :
"Tes graines vivront en mon corps,
Et les bourgeons de tes lendemains s’épanouiront dans mon cœur,
Et ton parfum sera mon haleine,
Et ensemble nous nous enchanterons en toutes saisons".

Le travail

Vous travaillez afin de marcher au rythme de la terre et de son âme.
Car être oisif est devenir étranger aux saisons, et s’écarter de la procession de la vie, qui marche avec majesté et en une fière soumission vers l’infini.
Quand vous travaillez, vous êtes une flûte dont le cœur transforme en musique le chuchotement des heures.
Qui parmi vous voudrait être un roseau muet et silencieux, alors que le monde entier chante à l’unisson ?
...

On vous a dit aussi que la vie est obscurité, et dans votre lassitude vous répétez ce que disent les las.
Et je vous dis que la vie est en effet obscure sauf là où il y a élan,
Et tout élan est aveugle sauf là où il y a la connaissance.
Et toute connaissance est vaine sauf là où il y a le travail,
Et tout travail est futile sauf là où il y a l’amour ;

La joie et la tristesse

Votre joie est votre tristesse sans masque.
Et le même puits d’où jaillit votre rire a souvent été rempli de vos larmes.
...
Certains parmi vous disent : "La joie est plus grande que la tristesse", et d’autres disent : "Non, c’est la tristesse qui est la plus grande".
Moi je vous dis qu’elles sont inséparables.
Elles viennent ensemble, et si l’une est assise avec vous, à votre table, rappelez-vous que l’autre est endormie sur votre lit.

Les maisons

Construisez dans votre imaginaire une retraite dans le désert, avant de bâtir une maison dans l’enceinte de la ville.
Car de même que vous vous en retournez chez vous au crépuscule, ainsi en est-il du voyageur qui est en vous, l’éternel isolé et solitaire.
Votre maison est votre corps déployé.
Elle s’épanouit au soleil et dort dans le silence de la nuit ; et ne reste pas sans rêves.

Les vêtements

Vos vêtements dissimulent une grande part de votre beauté, mais ne cachent pas ce qui est laid. Et bien que vous cherchez dans les habits la liberté de votre intimité, vous pouvez y trouver un harnais et une chaîne.
Puisse votre être rencontrer le soleil et le vent avec plus de votre chair, et moins de vos effets. Car le souffle de la vie est dans la lumière du soleil, et la main de la vie est dans le vent.

L’achat et la vente

C’est dans l’échange des dons de la terre que vous trouverez l’abondance et serez satisfaits.
Pourtant, s’il n’est fait avec amour et aimable justice, l’échange peut conduire les uns à l’avidité et les autres à la famine.
Quand, sur la place du marché, vous travailleurs de la mer, des champs et des vignes, rencontrez les tisserands, les potiers et les cueilleurs d’épices
Invoquez alors le maître esprit de la terre, qu’il vienne au milieu de vous et sanctifie les poids et les mesures qui comparent valeur contre valeur.
Et ne tolérez pas que ceux dont les mains sont stériles prennent part à vos transactions, eux qui vendent leurs mots contre votre travail.

Le crime et les châtiments

Souvent je vous ai entendu parler de celui qui a commis une faute comme s’il n’était pas l’un de vous, mais un étranger parmi vous et un intrus dans votre monde.
Mais je vous le dis, de même que le saint et le juste ne peuvent s’élever au-dessus de ce qu’il y a de plus élevé en chacun d’entre nous,
De même, le malin et le faible ne peuvent sombrer aussi bas que ce qu’il y a aussi en nous de plus vil.
Et de même qu’une seule feuille ne jaunit qu’avec l’assentiment silencieux de l’arbre tout entier, Le fautif ne peut commettre de fautes sans la volonté secrète de vous tous.
...
Le meurtre n’est pas inexplicable pour celui qui en est la victime.
Et celui qui a été dérobé n’est pas irréprochable d’avoir été volé.
Et le juste n’est pas innocent des méfaits du méchant,
Et celui dont les mains sont pures n’est pas intact des actes du félon.
Oui, le coupable est souvent la victime de celui qu’il a blessé.
Et plus souvent encore, le condamné porte le fardeau de l’innocent et de l’irréprochable.
...
Et vous, juges qui voulez être justes.
Quel jugement prononcez-vous à l’encontre de celui qui, bien qu’honnête en sa chair est voleur en esprit ? Quelle sanction imposez-vous à celui qui tue dans la chair alors que son propre esprit a été tué ?
Et comment poursuivez-vous celui qui dans ses actes trompe et oppresse, Mais qui est lui-même affligé et outragé ? Et comment punirez-vous ceux pour qui le remords est déjà plus grand que leurs méfaits ?

Les lois

Vous vous délectez à établir des lois,
Mais vous éprouvez un délice plus grand encore à les violer.
Tels des enfants jouant au bord de l’océan, qui construisent avec persévérance des châteaux de sable, puis les détruisent en riant.
Mais pendant que vous construisez vos châteaux de sable, l’océan apporte d’avantage de sable à la plage,
Et quand vous les détruisez, l’océan rit avec vous.
En vérité, l’océan rit toujours avec l’innocent.

Mais que dire de ceux pour qui la vie n’est pas un océan, et pour qui les lois humaines ne sont pas des châteaux de sable,
Mais pour qui la vie est une roche, et la loi un ciseau avec lequel ils voudraient la tailler à leur propre image ?

Que dire du paralysé qui hait les danseurs ?
...
Mais Vous qui voyagez avec le vent, quelle girouette dirigera votre course ?
Quelle loi craindrez-vous, si vous dansez et ne trébuchez sur aucune chaîne de fer forgée par l’homme ?
Peuple d’Orphalese, vous pouvez assourdir le tambour, et relâcher les cordes de la lyre, mais qui pourra interdire à l’alouette de chanter ?

La liberté

Je vous ai vu vous prosterner aux portes de la cité et dans vos foyers, et vous vouer au culte de votre propre liberté, Comme les esclaves qui s’humilient devant un tyran et le louent, alors qu’il les anéantit.
Oui, dans le bosquet du temple et dans l’ombre de la citadelle, j’ai vu les plus libres d’entre vous porter leur liberté comme un joug ou des menottes.

Et mon cœur saigna en moi ; car vous ne pouvez être libre lorsque vous forgez une chaîne du désir même de la liberté, et quand vous ne cessez de parler de la liberté comme d’un but et d’un accomplissement.

Vous serez libre en vérité non pas quand vous jours seront sans tourments et vos nuits sans un désir ou un chagrin, Mais d’avantage quand ces choses étrangleront votre vie, et que pourtant vous vous élèverez au-dessus d’elles, nu et sans entraves.

En vérité ce que vous appelez liberté est la plus solide de ces chaînes, bien que ses anneaux scintillent au soleil et éblouissent vos yeux.

La raison et la passion

Votre âme est souvent un champ de bataille au sein duquel votre raison et votre jugement luttent contre votre passion et votre instinct.
Puissé-je être l’émissaire de paix de votre âme, et transformer la discorde et la rivalité de ce qui vous constitue en unité et mélodie.
Mais comment le pourrais-je, à moins que vous-même ne soyez l’émissaire de paix, plus encore, l’ami intime de ce qui vous fonde ?
Votre raison et votre passion sont le gouvernail et les voiles de votre âme qui navigue de port en port.
Si votre gouvernail ou vos voiles se brisent, vous ne pouvez qu’être ballottés et aller à la dérive, ou rester ancrés au milieu de la mer.

La Connaissance de soi

Ne dites pas : "J’ai trouvé la vérité", mais plutôt : "J’ai trouvé une vérité".
Ne dites pas : "J’ai trouvé le chemin de l’âme". Dites plutôt : "J’ai rencontre l’âme marchant sur mon chemin". Car l’âme marche sur tous les chemins.

L’enseignement

Personne ne peut vous apprendre quoi que ce soit qui ne repose déjà au fond d’un demi-sommeil dans l’aube de votre connaissance.
Car la vision d’un être ne prête pas ses ailes à d’autres.

L’amitié

Donnez à votre ami le meilleur de vous-même.
Et s’il doit connaître le reflux de votre marée, laissez le connaître aussi son flux.
Car qu’est-ce que votre ami si vous venez le voir avec pour tout présent des heures à tuer ? Venez toujours le voir avec des heures à faire vivre.
Car il est là pour remplir vos besoins, et non votre néant.
Et dans la tendresse de l’amitié qu’il y ait le rire et le partage des plaisirs.
Car dans la rosée de menues choses le cœur trouve son matin et sa fraîcheur.

Le temps

Le temps n’est-il pas comme l’amour, indivisible et sans repos ?
Mais si dans vos pensées vous devez mesurer le temps en saisons, que chaque saison encercle toutes les autres saisons.
Et qu’aujourd’hui étreigne le passé dans le souvenir, et le futur dans le désir

Le bien et le mal

Du bien en vous je puis parler, mais non de ce qui est mal.
Car qu’est-ce que le mal sinon le bien torturé par sa propre faim et sa propre soif ?
En vérité, quand le bien est affamé, il recherche la nourriture même dans les grottes obscures, et quand il a soif il se désaltère même dans des eaux mortelles.

La souffrance

Si vous saviez garder votre coeur émerveillé devant les miracles quotidiens de votre vie, votre douleur ne vous paraîtrait pas moins merveilleuse que votre joie ;
Vous accepteriez les saisons de votre coeur, comme vous avez toujours accepté les saisons qui passent sur vos champs,
Et vous veilleriez avec sérénité durant les hivers de vos chagrins.

Le plaisir

Le plaisir un chant de liberté, Mais il n’est pas la liberté.
Il est l’épanouissement de vos désirs, Mais non leur fruit.
C’est un abîme appelant un sommet, Mais ni un abîme ni un sommet.
C’est le prisonnier prenant son envol, Mais non l’espace qui l’entoure.
Oui, en vérité, le plaisir est un chant de liberté.

La beauté

Où chercherez-vous la beauté et comment la trouverez-vous, si elle n’est elle-même votre chemin et votre guide ?
Et comment parlerez-vous d’elle, si elle n’est le fil qui tisse vos paroles ?
...
Peuple d’Orphalese, la beauté est la vie quand la vie dévoile sa face sacrée.
Mais vous êtes la vie et vous êtes le voile.
La beauté est l’éternité se contemplant dans un miroir.
Mais vous êtes l’éternité et vous êtes le miroir.

La mort

Vous voudriez connaître les secrets de la mort.
Mais comment le trouverez-vous sinon en cherchant au cœur même de la vie ?
...
Car qu’est-ce que mourir, si ce n’est être debout, nu, face au vent et fondre dans le soleil ? Et qu’est-ce que cesser de respirer sinon libérer le souffle de ses marées tempétueuses, afin qu’il s’élève et se dilate et recherche Dieu sans entraves ?
C’est seulement quand vous aurez bu à la rivière du silence que vous chanterez vraiment. Et quand vous aurez atteint le sommet de la montagne, que vous commencerez votre ascension. Et quand la terre réclamera vos membres, alors vous danserez vraiment.

Epilogue

Peuple d’Orphalese, le vent m’invite à vous quitter.
Ma hâte est moins grande que celle du vent, mais je dois partir.
Nous, les vagabonds, toujours en quête de la voie la plus isolée, nous ne commençons nul jour là où nous avons fini un autre, et aucun lever de soleil ne nous trouve là où son coucher nous a laissés.
Même alors que la terre sommeille, nous voyageons.
...
Je pars avec le vent, peuple d’Orphalese, mais je ne descends pas dans le néant ;
Et si ce jour n’est pas l’accomplissement de vos besoins et de mon amour, qu’il soit alors la promesse d’autre jour.
Les besoins de l’homme changent, mais non son amour, ni son désir que son amour puisse combler ses besoins.
Aussi sachez que, du plus grand silence, je reviendrai.

La brume qui s’évapore à l’aube, ne laissant que la rosée dans les champs, s’élèvera et se rassemblera en un nuage qui retombera alors en pluie.

Et ce que j’ai été n’est pas sans ressembler à la brume.
....
Le vague et le nébuleux sont le commencement de toutes choses, mais non leur fin, Et je voudrais que vous vous souveniez de moi comme d’un commencement.
La vie, et tout ce qui vit, est conçue dans la brume et non dans le cristal.
Et qui sait si le cristal n’est pas la brume qui se dissipe ?
...
Dans la tranquillité de la nuit, j’ai marché dans vos rues, et mon esprit a pénétré vos maisons, Et vos cœurs battaient avec le mien, votre souffle était sur mon visage et je vous connaissais tous.
Oui, je connaissais vos joies et vos peines, et en votre sommeil vos rêves étaient mes rêves. Et maintes fois j’ai été parmi vous, tel un lac parmi les montagnes.
...

Encore un peu de temps, et ce vers quoi j’aspire rassemblera la poussière et l’écume pour façonner un autre corps. Encore un peu de temps, un instant de repos au gré du vent, et une autre femme m’enfantera.

Adieu à vous, et à la jeunesse que j’ai passé avec vous.

Gibran Khalil GIBRAN
Gibran Khalil GIBRAN est né en 1883 à Bcharré au Liban, issu d’une famille chrétienne (son grand-père était prêtre maronite). En 1894 il émigre aux USA avec sa mère, retourne au Liban en 1897 pour y faire ses études à l’École de la Sagesse de Beyrouth. En 1901 il voyage en Grèce, Italie, Espagne, France, où il
étudie la peinture.
Il écrit alors Les Esprits Rebelles, un livre qui sera brûlé en place publique à Beyrouth et considéré comme hérétique par les autorités maronites.
En 1908, à Paris, il travaille à l’Académie Julian et à l’École des Beaux Arts, et il fréquente Rodin, Debussy, Maeterlinck, Edmond Rostand... En 1910 il retourne
définitivement aux USA (New York) pour se consacrer à la peinture et à la poésie.
C’est en 1923 qu’il écrit son chef d’oeuvre : Le Prophète .
Il meurt à New York en 1931 ; son corps sera ramené au Liban, dans sa ville natale de Bcharré.


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