La Bélogue
Stratégie du choc

La croisade néo-libérale

Ou le retour de temps féodaux
jeudi 12 août 2010 par Antoine SEREINE

Vaste fresque très documentée, l’ouvrage de Naomi Klein, "La stratégie du choc - montée d’un capitalisme du désastre", nous conduit à revisiter les crises politiques et économiques majeures qui ont traversé le monde depuis une quarantaine d’années. Nous découvrons, dans cette relecture des évènements vécus, une histoire critique de la croisade néo-libérale formulée et prêchée, dès les années 50, par l’économiste américain Milton Friedman et son école des « Chicago boys ». Dès lors qu’elle aura atteint et pénétré en profondeur les cercles économiques mondiaux, la croisade sera connue sous le nom de « Consensus de Washington ». Naomi Klein qualifie la croisade de "corporatiste" pour signifier qu’elle repose sur l’alliance entre les grandes entreprises et les franges d’un monde politique prêtes à lui vendre l’état à la découpe.

Grâce à la perspective historique dressée dans cet ouvrage, qui permet d’éviter les écueils religieux de cette forme de croisade conduite à la gloire des « libres marchés », le lecteur gagne en distance, intelligence et liberté d’esprit.

Par la mise en oeuvre des libres marchés et l’exploitation de la cupidité, la croisade néo libérale dit viser ni plus ni moins que le salut du monde ... mais cherche surtout, dans les faits, à mettre les questions économiques hors d’atteinte de la démocratie et à s’emparer des richesses qu’elle voit à sa portée, précisément celles administrées publiquement. En cela elle se laisse guider par son inspirateur Milton Friedman qui prêchait une guerre contre l’état providence, gardien de la richesse collective, et posait, pour des raisons de principe, qu’il devait être démantelé et cédé au privé.

Les fins des croisés sont simples et éminemment politiques même si elles se cachent sous les déguisements de la scientificité économique : assurer par la domination matérielle, idéologique et spirituelle, la prospérité de l’oeuvre entreprise, sa pérennité, et trouver là, dans sa démarche, sa justification même.

L’esprit de cette croisade nait dans les périphéries de la guerre froide, dans le maccarthysme et dans la lutte que les Etats Unis d’Amérique mène dans les années 50 contre les idées « développementalistes » et contre les états qui les portent. Dans ce cadre opèrent la CIA pour fomenter des coups d’état en Iran et au Guatémala, et les universités américaines pour organiser la riposte intellectuelle sur le plan économique.

C’est ainsi qu’un programme de formations et d’études économiques, mené en coopération avec l’université de Santiago du Chili permettra de financer les activités de Milton Friedman et de former les futurs croisés, les « Chicago boys », qui coopéreront plus tard avec les dictatures d’Amérique latine dont ils deviendront l’ossature économique. Un schéma similaire se produira avec l’université de Berkeley qui donnera naissance à la « Mafia de Berkeley », missionnaire du néo libéralisme en Indonésie au service du dictateur Suharto.

Stratégie du choc

Mais une telle domination ne va, ni ne s’impose de soi.

Pour assurer sa victoire et accroitre son empire sur les êtres et sur les territoires, la croisade a besoin de désastres déclencheurs qui vont mettre en état de choc collectif la population et la rendre malléable, créant ainsi une situation propice à l’abandon des situations et droits acquis par les peuples. Ainsi la croisade néo libérale est elle en attente et en recherche de chocs ; du choc des catastrophes, guerrières, financières ou naturelles, du choc des esprits, du choc des populations et territoires malmenés.

Dans ses débuts, profitant du choc des dictatures avec lesquelles elle va collaborer étroitement - état de siège, enfermement, torture et exécution d’opposants – la croisade accentue l’état de choc existant et le prolonge par ses traitements économiques, qualifiés de thérapies de choc. Plus tard, n’ayant plus le secours des dictatures, elle provoquera délibérément les chocs par ses seuls traitements et les désordres qu’ils entraînent.

Partout où elle passe, la croisade prêche des thérapies radicales, dérèglementations, réductions d’impôts, libéralisation des échanges, diminution des dépenses sociales et privatisation des services public, autant de traitements qui entretiennent la persistance de l’état de choc et maintiennent le feu sacré de la croisade.

Années 70, les premières croisades

Les premières croisades, parties à la recherche de missions et de financiers, prennent le chemin des coups d’état et des dictatures : en 1966 d’abord, en Indonésie où le général Suharto a pris le pouvoir, puis au Chili, en 1973, où le général Pinochet a renversé le gouvernement Allende, puis en Argentine, en 1976, où une junte de généraux dirigée par le général Videla a pris le pouvoir. Au Chili, comme en Argentine, les juntes seront conseillées sur le plan économique par des Chicago boys, fils spirituels de Milton Friedmann.

150000 morts en Amérique latine, de 600000 à 1 millions de morts en Indonésie jonchent les terrains de bataille sur lesquels les croisés ont mené leurs premières expérimentations, in vivo, des théories friedmaniennes. Pour ce qui est du sort des vivants et des états soumis aux pillages, la pauvreté et le chômage s’accroissent, et l’endettement des états aussi, au bénéfice de l’enrichissement spectaculaire d’une minorité appelée ici piranhas, là principicules, oligarques, vautours ...

En 1976, de façon peut être un peu prématurée, Milton Friedmann reçoit les honneurs d’un prix Nobel, organisation qui perd le sien par la même occasion dans cette consécration quand même surprenante. D’ailleurs, quelques années plus tard, la thérapie de choc bénite par l’aura du Nobel, donne au Chili des résultats économiques désastreux, et Pinochet lui même congédiera, en 1982, les Chicago boys responsables de sa conception et de sa mise en oeuvre.

Il n’empêche que le « Miracle chilien », comme le qualifie son auteur désormais sanctifié et auréolé du Nobel, fait désormais figure de mythe glorieux aux yeux des idéologues dont une caractéristique permanente est d’ignorer les faits qui les dérangent. Les croisés de l’idéologie néo libérale s’acharneront dès lors à vanter les vertus du "Miracle", passant sous silence tout ce qui pourrait nuire à sa gloire, en particulier le fait que le Chili soit classé aujourd’hui parmi les 10 champions mondiaux des inégalités.

Années 80, à la recherche de respectabilité

En quête de respectabilité, mais encore en besoin de régime autoritaire la croisade aborde alors, à l’aube des années 80, les cotes européennes et fait les yeux doux à la dame de fer. Ce sera une victoire sans gloire ni combat, car Madame Thatcher, sincère et fervente admiratrice du général Pinochet, est prête à succomber aux sirènes de la croisade et à endosser, pour l’Europe et son pays, le rôle de cheval de Troie des idées néo libérales.

Ses combats contre l’ennemi extérieur, aux Malouines, et intérieur, avec la « quasi guerre civile » que fut la grève des mineurs, créent le contexte de choc et de sidération nécessaires à la prospérité des idées néo libérales, et lui permettent de lancer ses programmes radicaux de transformations économiques et de privatisations des services publics.

En 1985, en Bolivie, pays en proie à l’hyperinflation, la croisade contourne la démocratie. Elle retourne le président Paz, fraichement élu et habilement conseillé. Il emprunte alors le plan de son adversaire de droite et lance par décret, à la grande surprise de ses électeurs et amis politiques qui n’ont d’autres solutions que de se démettre ou de se soumettre, une réforme économique radicale. Le plan fut préparé dans le plus grand secret hors de toute élaboration démocratique et exécuté en 100 jours. Pour contrer les manifestations provoquées dans la population et toute opposition, l’état de siège fut déclaré, et les syndicalistes furent écartés, arrêtés et emprisonnés pendant quelques mois.

Ici la manoeuvre fut inspirée par Jeffrey Sachs, qui interviendra plus tard en Pologne, où, comme en Bolivie, Solidarnosc sera circonvenu et reniera sa charte pour rejoindre les croisés, puis en Russie où le scénario ressemblera plutôt à un scénario chilien, à la Pinochet, avec attaque au canon de la représentation nationale.

En 1989, en Chine, le massacre de la place Tiananmen est vu par l’occident comme un nouveau méfait de la brutalité communiste envers des aspirations démocratiques populaires. En fait, la victoire des idées et réformes économiques libérales, mises en oeuvre par la dictature d’un parti communiste converti au libéralisme économique, a besoin de la défaite des aspirations démocratiques que ce massacre assure pour quelques décennies au moins.

Ces premières croisades font de la brutalité et du mépris les vertus cardinales des missionnaires néolibéraux ; elles seront suivies de beaucoup d’autres.

En investissant, à la fin des années 80, les organisations internationales, banque mondiale, fonds monétaire international, les Chicago boys consolident la respectabilité de leur foi diffusée désormais sous le nom de "Consensus de Washington" et donnent figure d’orthodoxie gouvernementale au capitalisme radical friedmanien qui peut agir alors sous le doux nom « d’ajustement structurel » et justifier ses « destructions créatrices », c’est à dire, pour parler clair, les ruines et les souffrances, le chômage et le malheur, infligés aux peuples convertis, de gré ou de force, aux vertus de la nouvelle foi.

Années 90, l’ère des ajustements structurels

Après la chute du communisme, les années 90 se déroulent désormais sous le règne du seul capitalisme. Elles commencent avec la libération de Mandela qui inaugure une période de transition pour l’Afrique du Sud dans laquelle l’ANC renie sa charte économique et démocratique, un peu comme en Pologne avec la conversion de Solidarnosc au libéralisme économique.

Dans les négociations destinées à définir les institutions nouvelles, entre l’ANC et le gouvernement d’apartheid finissant, les discussions sur les pouvoirs politique et économique sont largement dissociées. Si les institutions politiques nouvelles sont bien ouvertes à la démocratie, il n’en est pas de même du pouvoir économique maintenu largement dans les mains des ses anciens occupants.

La jeune démocratie, exposée et soumise aux contraintes de la mondialisation et à la pression des experts du consensus de washington, renonce peu à peu à sa charte et rejoint les rangs des gouvernements néo libéraux. Résultat, la République d’Afrique du Sud voit s’accroitre les inégalités et devient l’un des pays les plus inégalitaires au monde, 121ième sur 125 au classement Gini.

A la fin de la décennie, la croisade se déporte en Asie du sud est. A la suite de l’effondrement des marchés financiers, les économies, mixtes et dirigées, de Thaïlande, Indonésie, Philippine, Corée du sud, Malaisie, subissent une saignée qui fait jubiler les Chicago boys qui n’apprécient guère que leur réussite industrielle nargue leur foi en une économie libérale. Ils voient dans la chute des « tigres d’asie », l’opportunité d’une curée. Le FMI impose alors, entre 97 et 99, ses thérapies de choc et transforme la crise en désastre créant 24 millions de chômeurs, 20 millions de pauvres et nombre de faillites qui seront autant d’opportunités pour les banques, fonds d’investissement et multinationales.

Ainsi les croisades de la décennie 90 confirment celles de la décennie précédentes. Partout où l’idéologie friedmanienne s’incarne, on assiste à des situations caractérisées par d’immenses transferts de richesse entre public et privé, l’explosion de l’endettement, l’accroissement de l’écart riches – pauvres, l’augmentation du chômage, l’augmentation des dépenses sécuritaires et le resserrement des contrôles de la population.

Années 2000, vers un capitalisme du désastre

- En Israel, la croisade neo libérale prend des allures de croisade sécuritaire qui prêche l’apartheid.

Dans les années 90, ce pays bénéficie de la forte arrivée d’un million d’immigrants russe, conséquence de la thérapie de choc imposée à la Russie qui va perdre dans l’affaire 10% de sa propre population. Cette arrivée de travailleurs supplémentaires apporte à Israel une indépendance économique vis à vis des travailleurs palestiniens ; de plus les ressources scientifiques nouvelles qu’apportent les immigrants lui permettent de développer une industrie sécuritaire, haute technologie, tournée vers la mondialisation.

Libérés ainsi de la nécessité de bonnes relations locales, les israéliens mettent sur pied les politiques de bouclage et de colonisation des territoires palestiniens et vont confier leur destin au bellicisme et au radicalisme néo libéral du Likoud. La politique de paix concrétisée par les accords d’Oslo va alors sombrer, au profit de politiques militaires belliqueuses et de développements industriels sécuritaires conjugués, qui font synergie avec la montée des menaces terroristes, alimentant une bulle sécuritaire qui dévaste la palestine et transforme Israel en forteresse sur fond d’apartheid.

En 2006, à l’époque de la guerre contre le Liban, l’économie de la forteresse militaro libérale israélienne connait un taux de croissance très élevé que la bourse applaudit, alors que dans le même temps, la pauvreté l’assiège et l’envahit ; le taux de pauvreté s’établit aujourd’hui à 70% dans les territoires palestiniens, et à 25% sur le propre territoire d’Israel où ce taux atteint 35% pour les enfants.

- Aux Etats unis, lorsqu’intervient, le 11 septembre 2001, l’attentat contre les tours jumelles, la croisade néo libérale initiée par Reagan a déjà sévi dans de nombreux domaine, l’eau, l’énergie, les autoroutes, l’aviation, les transports ... Le secrétaire d’état à la défense, Rumsfeld, s’apprête à transformer le domaine militaire selon les canons de la doctrine néo libérale qui vise, aux frais des contribuables, à réduire le rôle de l’état et renforcer le domaine d’intervention du privé.

L’attentat provoque une forme de new deal, à la mode Bush, dans lequel tout est canalisé et fait pour la sécurité. L’attentat est à la fois un choc et une opportunité qui accélèrent les transformations et privatisations envisagées dans le domaine militaire. Et la guerre d’Irak, sciemment préparée et déclarée, devient alors le terrain d’expérimentation de ces transformations, au plus grand bénéfice des industries sécuritaires, grâce aux fonds publics déversés pendant cette guerre et ses suites désastreuses. Le budget du pentagone double pendant la décennie.

La reconstruction qui suit les destructions du choc de l’attaque américaine est un échec pour les irakiens qui se révoltent contre les décrets du gouverneur Bremer, contre la tentative de privatisation des profits pétroliers, et contre l’usage fait de la torture par le libérateur devenu occupant ; cette reconstruction de l’Irak fut aussi un échec pour les contribuables américains qui en font toujours les frais.

Mais la croisade reste une bonne affaire pour les entreprises qui y participent. Si les entrepreneurs de la reconstruction fuient en 2004 devant la multiplication des attentats, ce n’est pas un problème pour ces entreprises car les entrepreneurs privés de la reconstruction sont remplacés par ceux de la sécurité, et les entrepreneurs jouent sur les deux tableaux. En 2007, la proportion entre privés et soldats en Irak était de 1 pour 1, alors que lors de la guerre du Golfe, en 1991, cette proportion était de 1 privé pour 9. Outre ce développement du marché de la guerre, ces industries vont s’ouvrir d’autres marchés dans le domaine des désastres, provoqués ou naturels.

En 2007, tirant comme leçon des difficultés rencontrées dans la reconstruction en Irak qu’elles provenaient d’une défaillance de la planification, l’état américain décide la création d’un bureau de la reconstruction et de la stabilisation ; et ce bureau est chargé de financer des études et projets de reconstruction, préventifs. Une liste est dressée de 25 états, supposés lieux de prochains désastres prévisibles, sur lequel ce bureau travaille.

Les Etats Unis achèvent ainsi de mettre sur pied un modèle économique de traitement des désastres et des reconstruction privatisées concurrençant au passage les ONG actives sur le secteur.

L’aubaine des catastrophes naturelles

Toujours à la recherche d’opportunités, les investisseurs et entrepreneurs privés de la croisade néo-libérale voient dans les états de chocs provoqués par les catastrophes naturelles des lieux propices à l’exercice de leur art. Qu’on en juge :

- En 1999, l’ouragan Mitch dévaste les côtes du Honduras, du Nicaragua, du Guatémala et conduit les gouvernements de ces pays à lancer des appels à l’aide financière, ces aides du FMI leur furent accordées au prix de la contrepartie de nombreuses privatisations qui furent autant d’aubaines pour les investisseurs de Washington profitant de la faiblesse opportune de ces pays.

- En 2004, le pire tsunami de l’histoire fait plus de 220 000 morts, ravage les cotes de l’Inde, du Sri Lanka, de l’Indonésie et de la Thailande, et donne lieu à une réplique, un second tsunami ... néo libéral.

La croisade impose en effet, de façon fort peu démocratique, ses projets d’aménagement touristiques haut de gamme des côtes et de développement de la pêche industrielle au Sri Lanka. En contre partie des prêts du FMI, le pays doit faire face aux conditions habituelles de la croisade néo libérale, privatisations, dérèglementations ... corruptions, qui instaurent une situation de véritable apartheid à laquelle sont soumises les populations de pêcheurs en souffrance, écartées, de l’aide.

Ainsi, l’aide américaine alla à 99% à ses propres entreprises de reconstruction désignées pour la réalisation des aménagements touristiques ou portuaires, et à 1% pour le financement de camps pour les population dont l’habitat et l’outil de travail détruit ne fut ni reconstruit, ni indemnisé.

- En 2005, l’ouragan Katrina dévaste La Nouvelle Orléans.

Le désastre met d’abord en lumière un gouvernement fédéral, impuissant, rendu incapable de faire face à ses devoirs, par 20 années de mensonges et des mythes néo libéraux qui ont abouti à l’affaiblir, au profit d’infrastructures privées, grassement subventionnées.

Le choc provoque repentirs et conversions chez les croisés les plus libres d’eux mêmes, mais le coeur agissant du néo libéralisme tient ferme et saisit l’occasion du désastre pour servir la gloire de sa cause ; il fait à l’état 32 propositions conformes au canon du libre marché que le fidèle Georges Bush met en oeuvre aussitôt. Milton Friedmann intervient lui même pour que le désastre soit l’occasion d’une privatisation de l’éducation et aujourd’hui, seules 3 écoles publiques subsistent du réseau de 180 existant avant l’ouragan.

Alors que la reconstruction des infrastructures du secteur public est délaissée, les entrepreneurs privés, de retour d’Irak, se font attribuer de fructueux contrats pour dessiner, sur le champ de bataille de la ville dévastée, les contours et frontières d’un nouvel apartheid, entre populations délaissées et populations privilégiées, tentées désormais par la sécession et la fortification de leurs quartiers ou territoires, pour sauvegarder leur prospérité et ne pas l’exposer plus à l’épreuve du partage.

La bourse applaudit … Davos médite

La bourse applaudit aux licenciements, à la croissance du marché des industries et services sécuritaires … Les marchés de la reconstruction applaudissent aux destructions, aux guerres, aux attentats, aux catastrophes naturelles, et les profits sont florissants. Les états touchés par la croisade redistribuent la richesse … aux riches, et sont la providence des entreprises dont ils assurent la sécurité. Le seul danger à craindre serait donc la stabilité climatique et la paix géopolitique …

A moins que le danger ne guette de l’intérieur, car, au fur et à mesure que s’opère la déconnexion, voulue par les croisés, des marchés et de la politique, l’instabilité politique monte.

La croisade est elle encore tenable ? Comment la poursuivre , comment défendre les avantages acquis, qu’en faire ? Comment sauver les riches ? Des milliardaires américains viennent de s’engager à faire un usage humanitaire de la moitié de leurs fortunes accumulées.

Alors à Davos, les puissants méditent car ils sont dans un dilemme et les nuages s’accumulent.

L’orthodoxie néo libérale a perdu son pape, Milton Friedmann, mort en 2006.
Depuis une dizaine d’années, la croisade montre des signes d’essoufflement en de nombreux points du globe. En Amérique latine, le règne des dictatures a pris fin et les comptes sont dressés devant la justice, l’Europe a rejeté le projet de constitution d’inspiration néo libérale, aux Etats Unis, les républicains ont cédé la place aux démocrates.

Partout, les populations apprennent à résister aux chocs et trahisons dont la croisade se sert pour investir les places qu’elle convoite. Et au temps des dogmes et des promesses, a succédé celui des réalités néo libérales.

La crise financière et économique actuelle montre les turpitudes du monde financier qui travaille à s’enrichir pendant que l’économie s’appauvrit et que le politique colmate les brèches.
On voit aussi désormais, ici et là, en Irak, en Israel, à la Nouvelle Orléans, ce à quoi la croisade néolibérale conduit, à une société de forteresses et d’humanité excédentaire qui touche 25 à 60% de la population ; enfermée comme à Gaza ou en Cisjordanie, par de nouvelles muraillles, celles de l’affairisme sécuritaire, ou abandonnée dans les divers ghettos de la précarité.

Et en France ?

Naomi Klein parle peu de la France qui n’est pas pour autant épargnée par la croisade et connait son lot de chocs et de trahisons.

Depuis la libération du prix du pain en 1978, voulue par Giscard d ’Estaing, jusqu’au « miracle de la multiplication des « pains » sécuritaires, voulue par Sarkozy, la croisade parcoure l’hexagone et y bataille sans trêve.

Le choc pétrolier a enclenché la montée d’un chômage qui s’est installé aux sommets pour n’en plus redescendre pendant que la population voyait se multiplier les « Sans », de toute sorte, sans domicile, sans travail sans papier, sans protection …

La gauche politique se remet mal de ses propres trahisons qui l’ont conduit, en 1983, à rejoindre la croisade. Même si elle rencontre quelques succès, elle a aujourd’hui bien des difficultés à parer les excès et les nuisances des croisés sarkoziens et de ses vassaux corporatistes.

A l’affut, partout, du moindre choc pour l’amplifier et s’en repaître, la croisade sarkozienne et ses imprécateurs trouvent dans les odeurs de poudre de la crise financière actuelle un élixir de jouvence. Elle licencie tous azimuths, garde à vue, stigmatise et expulse les « métèques », flatte les « souchards », épargne les riches, pille, endette, fait le siège des retraites et grignote chaque jour la république pour assurer la prospérité de la Sarkozie féodale.

Gardera t’elle longtemps sous son joug les Français et leur République ?


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