La Bélogue
Reproduction artificielle de l’humain

Au bazar du beau bébé

Approchez, approchez, pour la visite des usines à bébés, c’est ici !
mardi 10 juin 2014 par INVITES

« Vint enfin un temps où tout ce que les hommes avaient regardé comme inaliénable devint objet d’échange et de trafic, et pouvait s’aliéner. C’est le temps où les choses mêmes qui jusqu’alors étaient communiquées, mais jamais échangées ; données mais jamais vendues ; acquises, mais jamais achetées – vertu, amour, opinion, science, conscience, etc., – où tout enfin passa dans le commerce. »
Karl Marx, Misère de la philosophie, [1847],Payot, 2002.

« Nous serons amenés à appliquer le principe d’organisation moderne du travail à la production des enfants. Le temps est passé où l’on pouvait considérer cette fonction physiologique comme relevant uniquement du sentiment. »
Édouard Toulouse, « L’acte sexuel et la grossesse qui en résulte ne sont pas matière à gaudriole », Le Progrès civique, 01/12/1919.

Mesdames et messieurs, bienvenue au Centre national pour la promotion de la reproduction artificielle de l’humain. Approchez, approchez, la visite va commencer !

En attendant votre guide, laissez-moi vous donner quelques informations. Bénéficiant des progrès de la stérilisation chimique de la population, la reproduction artificielle de l’humain est devenue en quelques années un gigantesque business. Un nouveau secteur industriel qui pèse plus de 650 millions d’euros au Royaume-Uni [1], plus de trois milliards de dollars aux Etats-Unis [2].

Oui monsieur, trois milliards, vous avez bien entendu. Et c’était il y a sept ans déjà !

Ce sont désormais des milliers d’entreprises qui partout dans le monde, se positionnent sur le créneau de l’enfant à naître.

Elles développent l’activité d’innombrables médecins, biologistes, généticiens, directeurs de banques d’ovocytes, juristes et avocats spécialisés dans la filiation, recruteurs et publicitaires. Fabriquer un enfant requiert en effet les compétences les plus diverses.

Nous recrutons.
N’hésitez pas à présenter votre candidature à la fin de la visite.
Ambitieux et performants, votre place est parmi nous.

Mesdames et messieurs, en période de crise économique, la reproduction artificielle de l’humain offre un levier de croissance opportun. Sa grande force, c’est de soutenir conjointement les trois secteurs de l’économie !

- Le secteur primaire tout d’abord, celui de l’extraction des matières premières – matières premières reproductives –, puisque pour fabriquer un bébé, il faut extraire et conditionner du sperme et des ovules.
- Le secteur secondaire ensuite, celui de la fabrication industrielle. Vous verrez que nos entreprises interviennent soit directement dans le processus de production de l’enfant (insémination artificielle, fécondation in vitro, ou encore location d’utérus), soit dans la customisation du produit, grâce au design (dépistages pré-implantatoires, sélection des embryons, améliorations génétiques).
- Le secteur tertiaire enfin, car l’industrie du bébé ne saurait se développer sans l’infinie variété des services qu’elle ne cesse de générer et qui la portent en retour : séquençage génétique, conseils juridiques, hôtellerie et agences de voyages...

Notre visite va suivre ces trois étapes.

Ah ! Voici votre guide. Je vais vous laisser. Je vous souhaite une excellente visite, et vous rappelle que tout ce qui est présenté ici est entièrement vrai. Pour la science-fiction, voyez plutôt le Futuroscope.

Et si jamais les temps d’attente au cours de la visite vous semblaient long, profitez-en pour jetez un oeil à nos catalogues interactifs.

Connectez-vous sur www.eggdonor.com, le site de la Egg Donation Inc, leader américain de la vente d’ovules.

Entrez une adresse mail, un mot de passe, un numéro de téléphone et vous voilà inscrit.

Sur la page qui s’ouvre, vous pouvez dès à présent choisir, parmi les centaines de femmes en compétition pour vendre leurs ovules, celle qui correspond à votre projet de parentalité. N’ayez crainte : Eggdonor garantit que toutes ces jeunes filles sont jeunes (entre 21 et 30 ans), en bonne santé, bien éduquée, jolies et bien proportionnées.
Afin de vous orienter dans votre achat, affinez votre recherche à l’aide des critères suivants : type ethnique (« race » dit-on aux États-Unis), niveau d’études, couleur des yeux, taille, couleur et type des cheveux, religion...

D’un simple clic vous accédez au profil de Rebecca #44710 et à ses nombreuses photos. La voilà enfant en robe de princesse, avec Papi et Mamie ; plus tard, partageant un verre avec ses amies, ou encore le jour de la remise de son diplôme. Rebecca #44710 est une jolie californienne de 29 ans, de type caucasien. 1,53 m
pour 56 kilos. Elle n’a pas encore d’enfants, ni vendu d’ovule à un autre couple. Dommage, si c’était le cas vous pourriez vous enquérir de l’état de l’enfant et voir s’il correspond vraiment au type de produit que vous recherchez.

Un second clic permet de vérifier les antécédents médicaux et génétiques de la fournisseuse. On apprend que son grand-oncle est mort d’un cancer, et que sa grand-mère maternelle souffrait de dépression. Mauvais signe. Rebecca #44710 est hétérosexuelle et ne multiplie pas les partenaires (mais en jeune fille ouverte, elle a des amis gays et lesbiens). Elle présente un quotient intellectuel de 120, ne prend pas de drogue, mais boit un peu d’alcool. Elle prend une pilule contraceptive de marque Loestrin. Précision importante, elle s’est fait refaire les seins en février 2004. Pas de tromperie sur la marchandise : le décolleté avantageux que vous voyez sur la photo n’est pas inscrit dans son patrimoine génétique. Qu’à cela ne tienne, intéressons nous à sa « personnalité » : Rebecca #44710 ne dort pas avec une peluche, pense que les policiers sont plutôt ses amis, est fan de sports de combat et embrasse les yeux fermés.

Vous la trouvez bankable ?

Ajoutez-la à vos « favorite donors » et continuez vos courses.
Votre choix effectué, il vous coûte environ 20 000 $, plus les frais d’avocats pour établir lecontrat de vente. Et si toutes les jeunes filles du site assurent qu’elles font don de leurs ovules, dans un but humanitaire, pour aider des couples en détresse, la fournisseuse percevra néanmoins entre 5 et 10 000 dollars.

Par ici, par ici ! Entrons dans la salle des machines...

Comme vous le savez, la production de l’enfant débute par l’extraction et le conditionnement de la matière première reproductive : les ovules et le sperme.

Le secteur connaît ces dernières années une croissance phénoménale. C’est que le nombre de clients désirant un enfant, et incapables de fournir eux-mêmes la matière première, ne cesse d’augmenter.

Extraire cette matière première et la valoriser sur le marché c’est le travail des banques de gamètes. Les plus importantes ouvrent des franchises sur plusieurs continents et exportent dans des dizaines de pays. Chez le danois Cryos Bank, leader mondial du « sperm business », le sperme est livré en 24 heures, moyennant 500 à 2 000 euros selon la qualité souhaitée. Vous pouvez choisir le donneur en fonction d’un nombre toujours croissant de critères (incluant jusqu’au style vestimentaire en Grande Bretagne).

Profitez-en, la livraison à domicile est possible y compris si votre pays prohibe le don de gamètes !

La vie de Ole Schou, 58 ans, patron de Cryos Bank, est une success story à l’américaine : « Créateur de Cryos après avoir “rêvé une nuit de sperme congelé” alors qu’il était encore étudiant en gestion, celui qui se décrit comme “ayant toujours été attiré par des choses non conventionnelles” a fait prospérer son rêve à Aarhus, la deuxième ville du Danemark, dont les 40 000 étudiants représentent autant de donneurs possibles.

Adieu les patientes, bonjour les clientes : rodée au “business to business” avec les cliniques, la banque a décidé de s’ouvrir depuis [avril 2010] aux particuliers. Car le marché s’est mondialisé – Cryos International exporte d’ores et déjà à 80 % – et la concentration est à l’oeuvre.

Ce choix est un tournant pour cette petite entreprise de 20 salariés et 3 millions d’euros de chiffre d’affaires. La pression de la demande l’exige, affirme M. Schou. Et la baisse avérée de la fertilité masculine ne peut que l’accroître.

L’équipe de quadras réunie par Ole Schou dans une ambiance décontractée assume ce virage. “Nous entrons dans une phase industrielle tout en gardant la proximité avec les clients”, appuie le directeur général, Jesper Koch [3]. »

Qui dit « phase industrielle » dit organisation industrielle. L’exploitation de la matière première reproductive fonctionne selon un process bien rôdé : prospection, extraction, conditionnement, vente. Les recruteurs et publicitaires chargés de trouver des fournisseurs opèrent notamment en milieu universitaire : les étudiants sont jeunes (donc plus fertiles) et ont besoin d’argent. Et comme dans tout secteur industriel, lorsque l’offre ne satisfait plus la demande, on recourt à la main d’oeuvre étrangère, recrutée là où elle est la plus compétitive : en Europe de l’Est et en Asie. Ainsi de jeunes femmes de l’Est fournissent en ovules la plupart des cliniques spécialisées espagnoles.

Les fournisseurs recrutés, l’extraction de la matière première s’opère selon des procédés techniques différents en fonction du sexe.
- Chez l’homme, le prélèvement se fait par simple masturbation.
- Chez la femme, l’opération est plus complexe :

« Dans bien des pays où prospère l’industrie des bébés, on laisse largement dans l’ombre le fait que le “don d’ovocyte” n’a rien d’une partie de plaisir : il suppose d’abord un blocage des ovaires grâce à un traitement spécial (leuroprolide) qui peut provoquer des effets secondaires, comme la tacchycardie ou la baisse de densité osseuse. On pratique ensuite des injections quotidiennes pendant au moins dix jours pour stimuler les ovaires et produire suffisamment d’ovocytes (une femme n’en délivre normalement qu’un par cycle). Ce traitement est dangereux puisqu’il est capable de provoquer un syndrome d’hyperstimulation ovarienne (OHSS) dont les formes peuvent être légères, mais aussi sévères, voire mortelles. Les femmes qui subissent ce traitement à des fins personnelles, pour augmenter une fertilité insuffisante ou dans le cadre d’une fécondation in vitro, ne cherchent pas à obtenir plus de 7 ou 8 ovocytes, mais celles qui vont vendre leurs cellules à Kiev ou à Chypre savent qu’elles auront droit à une prime si elles produisent davantage [4]. »

À cela s’ajoutent les prises de sang et échographies que doit subir la fournisseuse, avant le prélèvement, réalisées sous anesthésie locale ou générale.

Vient alors la phase de conditionnement. Les produits obtenus sont analysés, triés,
conditionnés puis stockés, généralement au rayon frais. Le service commercial de l’entreprise n’a plus qu’à écouler les surgelés sur le marché du gamète. Internet aidant et à l’instar de Cryos Bank, les entreprises traitent de plus en plus directement avec des particuliers. Leurs catalogues informatiques alignent des centaines de noms, de photos, de profils. Il y en a pour tous les goûts.

Ces banques de gamètes ne sont que des intermédiaires. Leur travail consiste à acheter à bas prix les matières premières reproductives qu’elles revendront à prix d’or. Aux États-Unis, le prix d’un ovule varie aujourd’hui entre 2 500 et 50 000 $, en fonction des critères : âge de la fournisseuse, nombre de grossesses ayant déjà fonctionné avec ses ovules, nombre d’ovules produit à chaque stimulation ovarienne, couleur de peau, profil génétique, antécédents médicaux, origine sociale, caractéristiques physiques, résultats aux tests de QI et niveau d’éducation.

D’après le Journal international de bioéthique : « Il n’est pas surprenant d’apprendre que les ovules les plus chers sont ceux des femmes blanches de niveau universitaire (avec au moins un niveau master), le prix augmentant en fonction du prestige de l’université [5]. »

Il est sûrement illusoire de penser que l’enfant biologique d’une docteur en physique nucléaire sera nécessairement un petit génie – quoique la recherche des déterminants génétiques de l’intelligence obsède déjà les chercheurs et les États [6].

Il n’empêche, ce qui se monnaye à tort ou à raison – sur le marché du gamète, ce sont les chances de réussite sociale des futurs enfants : intelligence, beauté, santé, taille, physique...

Plus vous êtes riche, plus vous pouvez espérer que les gènes de votre enfant lui permettront de briller en société et de faire une belle carrière. Pour son plus grand bonheur. Et le vôtre.

Qui dit « phase industrielle » dit surtout division technique du travail : séparation des tâches et hiérarchisation des fonctions au sein de l’usine.

- Dans les bureaux là-haut, médecins et biologistes déguisés en businessmen – à moins que ce ne soit l’inverse – occupent les postes de direction.
- Plus bas, le personnel de service, hôtesses d’accueil, secrétaires, infirmières, ou
techniciens de laboratoires, assure la prise en charge des clients.
- Encore plus bas, émerge un prolétariat contraint de vendre, non plus sa force de travail, mais les produits de son corps. Dans la Rome antique, on appelait prolétaire celui qui n’avait que ses enfants, proles, pour seule richesse.

« Partout aux États-Unis, la récession a incité un nombre croissant d’hommes et de femmes à vendre leurs gamètes en échange d’un revenu supplémentaire dont ils ont besoin pour payer les frais de scolarité d’un semestre, pour acheter la voiture qui leur permettra d’accepter un emploi trop loin de la maison, ou même pour payer le loyer à la fin du mois. Les documents qui attestent cette augmentation sont légion. En moyenne, les banques de sperme ont vu une augmentation de 15-20 % de donneurs potentiels. Quant aux femmes qui vendent leurs ovules, une augmentation de 30 % a été rapportée en moyenne à travers le pays [7]. »

Évidemment ce sont les pays du Tiers-Monde, l’Inde en tête, qui fournissent les plus importants contingent de ce nouveau prolétariat. Mais les femmes pauvres des pays riches ne sont pas épargnées :

« “Il n’existe pas de fichiers nationaux des donneuses, s’inquiète le professeur François Olivennes, nul ne sait si ces femmes ne multiplient pas les dons dans différents centres risquant ainsi des complications ultérieures”. Pendant le mois qui précède le prélèvement, elles doivent subir un programme d’injection d’hormones lourd afin de produire le moment venu un maximum d’ovocytes. “On sait, confie Dominique Lenfant, la présidente de l’association Pauline et Adrien, que de jeunes françaises traversent la frontière pour aller vendre leurs ovocytes en Espagne”. » [8]

Allons, continuons. Ne traînez pas derrière !

À votre droite, la carte montre l’implantation des cliniques spécialisées, ou Centers for Human Reproduction, dans le monde.

C’est dans ces centres de (re-)production que la matière première, une fois extraite est acheminée. On en trouve plus d’une centaine en Espagne, plus d’un millier en Inde. Et comme toutes les industries du secteur secondaire, mondialisation et concurrence internationale obligent, l’industrie du bébé délocalise dans les pays pauvres.

Dans ces centres, le procédé mis en oeuvre varie selon les besoins du client (et les moyens financiers dont il dispose).
La mise en contact des gamètes – la synthèse de l’embryon – s’effectue par insémination artificielle, par fécondation in vitro, ou encore par injection directe du spermatozoïde dans le cytoplasme (ICSI).

Oui Madame, une question ? Le tarif ?

Aux États-Unis, comptez 865 $ pour une insémination (hors prix du sperme), 12 000 $ par cycle de fécondation in vitro (comptez en moyenne 4 cycles pour une grossesse, soit 48 000 $). Chaque cycle vous coûtera 14 000 $ en cas de FIV avec injection directe du spermatozoïde [9].

L’Espagne a très tôt saisi le potentiel d’une telle activité :

« À eux seuls, les Français [qui représentent 10 % de la clientèle du pays] rapportent à l’ensemble des cliniques spécialisées espagnoles un chiffre d’affaires de 350 millions d’euros. Sans compter les allongements de facture pour les médicaments non remboursés, la congélation éventuelle des embryons, les implantations supplémentaires, etc. Selon les établissements concernés, le taux de réussite de la première FIV avoisinerait les 40 %, contre 30 % au mieux en France. Mais les couples ont également 60 % de chances de revenir et de payer à nouveau plein pot pour une seconde tentative. À 7 000 euros en moyenne la FIV avec don d’ovocytes (contre 3 000 euros en France), l’aventure se paie au prix fort [10]. »

Autour de leur coeur de métier – la production d’enfants –, plusieurs entreprises ont pressenti qu’un business pouvait s’avérer des plus lucratifs.

En mettant l’embryon à la portée directe du biologiste, la fécondation in vitro ouvre la voie au design industriel de l’enfant.

Si d’ordinaire le designer intervient en amont de la mise en production, le baby-designer, ou anthropodesigner quant à lui, intervient au coeur de la production : entre la fécondation de l’embryon et l’insémination. Ayant obtenu plusieurs embryons par fécondation in vitro, le biologiste les soumet à un diagnostic pré-implantatoire, un test génétique permettant de choisir celui ou ceux qui seront implantés. Les perspectives de croissance pour les sociétés spécialisées dans le décodage du génome et la sélection des embryons sont énormes ; et le design de l’enfant parfait, assurément le créneau le plus porteur de l’industrie du bébé.

Monsieur semble avoir du mal à me croire ? Vous n’en avez jamais entendu parler ?

Cela ne saurait tarder. Dans la banlieue chic de Los Angeles, le Fertility Institute, dirigé par le docteur Steinberg, fabrique chaque année 800 bébés par fécondation in vitro. Parmi eux, 700 ont des parents parfaitement fertiles. Ces riches Américains ont préféré recourir à la FIV et au diagnostic pré-implantatoire afin de garantir les meilleures caractéristiques génétiques à leur progéniture. Et accessoirement de choisir le sexe de l’enfant.

Trois jours après la fécondation des ovules en éprouvette, on prélève une cellule de chaque embryon pour scruter son code génétique. Plus de 400 maladies et affections sont détectées, et les embryons jugés défectueux sont écartés.

Les praticiens du Fertility Institute procèdent alors à un second test : « Si par exemple la patiente veut une fille, seuls les embryons féminins lui seront implantés. L’ensemble de l’intervention coûte 18 400 dollars. Quand on y ajoute les auscultations, les analyses, le suivi et le traitement hormonal, le prix total dépasse les 25 000 dollars [11] ».

Bientôt : le choix de la couleur des yeux, des cheveux, de la taille et de tout un tas de caractéristiques génétiques.
L’enfant sur catalogue.
L’eugénisme libéral.
On en reparlera.

Votre budget ovule est limité ?

Optez pour le marché de l’Est. Chez Biotexcom, le Center for human reproduction de Kiev, l’enfant est en solde ce printemps.

La version française du site propose notamment :

« Le Pack “Succès Garanti” (ovule + insémination artificielle) : réduction 9 900 euros au lieu de 12 000. Quantité non limitée de tentatives. Argent remboursé en cas de résultat négatif. »

Et si Madame (ou Monsieur) ne peut pas – ou ne veut pas – porter l’enfant, le recours à une mère porteuse est compris dans le paquet « All inclusive ».
« Le prix du programme est de 27 900 euros y compris tous les coûts des services médicaux et les médicaments nécessaires  [12] ».

La procédure se déroule essentiellement sur Internet. Deux voyages à Kiev en avion suffisent pour revenir avec un enfant dans vos bagages. Hôtel, formalités, accueil, traduction, tout est prévu, jusqu’à l’envoi de faux ventres en silicone, pour que Madame puisse donner le change auprès de son entourage [13].

Toujours à l’affût des bons plans, sachez enfin qu’en matière de hard discount reproductif, le recours à une main d’oeuvre issue du Tiers-Monde défie toute concurrence.

En Inde, chez ArtBaby (« your baby,... our art ») la fécondation in vitro avec une donneuse indienne coûte 7 500 dollars américains, contre 18 500 si vous choisissez une donneuse de type caucasien [14].

C’est aussi en Inde que vous trouverez les tarifs les plus compétitifs sur les mères porteuses.
« Les Indiennes louent leur corps entre 1 300 euros et 7 000 euros, et la facture totale payée par les étrangers se situe entre 10 000 euros et 25 000 euros [15]. » S’ils souhaitent revenir plus tard, les parents n’ont qu’à faire congeler les embryons qui n’ont pas été implantés « pour un coût annuel de 600 à 750 euros, afin de les faire implanter chez une mère porteuse au moment où ils décideront d’avoir un enfant par GPA [16] ».

Une question à ma droite, oui ?

Comment faire si la cliente n’est pas en mesure, ou ne souhaite pas produire l’enfant elle-même ?

Pas de problème : avez-vous pensé à la GPA, ou gestation pour autrui ?

Un secteur de la reproduction artificielle de l’humain en pleine expansion. La location de matériel reproductif humain séduit particulièrement des couples aisés des pays occidentaux. Bénéficiant de la libéralisation de cette pratique dans plusieurs pays, le marché des mères porteuses a explosé au cours des dix dernières années. Son chiffre d’affaire atteindrait un milliard d’euros par an rien qu’en Inde [17] :

« La croissance du marché procréatif s’est inscrite dans une économie où l’Inde encourage le tourisme médical, avec des spécialités telles que les interventions dentaires, les remplacements de la hanche ou la chirurgie esthétique. Dans ce contexte, de plus en plus d’étrangers ont sollicité des mères porteuses indiennes. Certaines régions, dont celle d’Ahmedabad-Anand dans le Gujarat, se sont spécialisées dans ces services. Les experts et médecins estiment que de 25 000 à 30 000 étrangers font appel chaque année à des mères porteuses [18] ».

Dans cette même province, une gigantesque « usine à bébés » vient de voir le jour. Sous la direction de Nayna Patel « une femme médecin, spécialiste de la fécondation in vitro, formée à Singapour, en Angleterre et en Corée du Sud [19] », elle réunit dans un même établissement plusieurs centaines de mères porteuses. Soumises à des contrôles et examens réguliers, celles ci sont logées à dix par chambres dans la clinique durant toute la grossesse.

« Beaucoup attendent des jumeaux, car, pour augmenter les chances de succès, on
implante souvent deux voire trois embryons – quitte à procéder ensuite à une “réduction embryonnaire” selon le désir du client. Comme les futurs parents souhaitent souvent être là le jour J, la délivrance passe fréquemment par une césarienne. [...]"

Avec 250 millions de pauvres, l’Inde offre un vivier illimité. Seule la Thaïlande, qui vient de se mettre sur le marché, avec la promesse d’être 20 % moins chère que l’Inde, peut lui faire concurrence. Mais le docteur Patel a une bonne longueur d’avance. Des agences américaines lui ont déjà proposé de travailler avec elle. Elle se méfie et préfère pour l’instant garder le contrôle sur la “production”, réalisant elle-même la plupart des implantations et des accouchements [20]. »

Dans le pays, des voix s’élèvent contre la marchandisation du corps des femmes, et contre leur exploitation au bénéfice de riches occidentaux. Des études indépendantes révèlent les conditions sociales et économiques de la plupart des mères porteuses : elles sont pauvres, pour beaucoup illettrées et bien en peine de défendre leurs droits en cas de problème (changement d’avis des clients, enfant handicapé, avortement spontané, complications de la grossesse) [21].

Dépassées par l’ampleur du phénomène, les autorités indiennes n’ont rien trouvé de mieux récemment, pour réguler le marché des mères porteuses, que d’interdire la GPA aux célibataires et aux couples homosexuels. Sur place et à l’étranger, des associations de défense des homosexuels s’offusquent. Elles s’associent aux protestations des patrons de cliniques, soucieux de garder toute leur clientèle.

Halte à la discrimination ! Les homosexuels riches aussi ont le droit d’exploiter les femmes du Tiers-Monde.

On suit toujours ? Voici maintenant la dernière partie du centre. Autour de la production de bébés, toute une industrie de services s’est développée,

A commencer par les activités liées au « tourisme procréatif » : location de chambres d’hôtel, billets d’avion et de train, packs tout compris permettant de visiter au passage les villes où vous vous rendez pour vous faire inséminer.

Rien ne compte plus cependant que l’activité juridique.

La fabrication d’un enfant fait intervenir de plus en plus de personnes. Il en résulte des montages contractuels et économiques complexes qui font le profit des juristes et avocats spécialisés dans la médecine reproductive. Ceux-ci se consacrent exclusivement à l’établissement des contrats entre les futurs parents et les cliniques, ou au contournement des lois nationales, lorsque le pays d’origine prohibe le recours aux mères porteuses. L’expertise juridique est devenue un marchepied pour faire fortune dans le milieu, au même titre bientôt que l’expertise médicale.

Andrew Vorzimer par exemple, le PDG de la Egg Donation Inc, (le boss de Rebecca #44710) est avant tout un avocat spécialisé dans les questions reproductives. Son cabinet Vorzimer- Masserman emploie dix avocats à plein temps sur les questions procréatives. Il se targue d’avoir représenté « plus de deux mille couples, dans plus de trente-cinq pays à travers le monde ayant utilisé la maternité de substitution et/ou le don d’ovules afin de découvrir les joies de la parentalité. » Il a reçu le « Illumination Award » de l’American Fertility Association (AFA) [22].

Bien entendu, le « baby business » bénéficie au secteur de la publicité. Et réciproquement. Qu’il s’agisse de recruter des fournisseuses d’ovules ou des mères porteuses, de faire la promotion des usines à bébés, ou du lobbying pour la libéralisation du marché de l’enfant, publicitaires, agents de sondage, communicants et marketeurs sont partout et empochent à tous les coups.

La filière s’expose désormais au Fertility Show, le salon de la procréation médicalement assistée. La première édition à Londres en 2009 avait attiré 80 exposants – des cliniques spécialisées aux banques de sperme – et 3 000 visiteurs [23].

En avril 2013 une société américaine spécialisée dans la GPA et la fécondation in vitro, venait promouvoir son nouveau programme « Creating your family » dans un hôtel de luxe parisien [24].

Scandale : les antimariage gay l’ont contrainte à annuler son show ; cependant que la gauche, une fois de plus, faisait mine de ne rien voir.

Mesdames et messieurs, la visite touche à sa fin.

J’espère qu’elle vous a plu, et vous remercie de votre attention. Comme vous le savez, un tel centre de promotion de la reproduction artificielle de l’humain n’existerait pas sans le soutien de nos partenaires et bienfaiteurs. Vous trouverez en sortant sur votre droite une petite boîte destinée à recueillir vos dons. Ils seront intégralement reversés à des organisations progressistes, toutes tendances confondues, en remerciement de leur combat pour la marchandisation du vivant. Un combat qui a rendu possible années après années, la mise en place d’un véritable marché de l’enfant.

Merci de votre soutien.

Mais, j’en vois qui hésitent. Un trouble peut-être ?

Ah, je vois, vous croyez que la gauche est encore de gauche ? Qu’elle combat la marchandisation du monde ? Rassurez-vous, vous n’êtes pas le premier. Laissez-moi vous expliquer.

Voici presque 25 ans, André Gorz, journaliste, philosophe et écologiste osait encore
demander :

« Si, comme c’est la tendance aujourd’hui, la création d’emplois est posée comme but principal par la classe dirigeante, où s’arrêtera la transformation de toutes les activités en activités rétribuées, ayant leur rémunération pour raison et le rendement maximum pour but ? Combien de temps pourront résister les bien fragiles barrages qui empêchent encore la professionnalisation de la maternité et de la paternité, la procréation commerciale d’embryons, la vente d’enfants, le commerce d’organes ? [...] Ne sommes-nous pas déjà en train de nous transformer nous-mêmes en marchandise et de traiter la vie comme un moyen parmi d’autres, et non comme la fin suprême que tous les moyens doivent servir [25] ? »

Aujourd’hui, les « fragiles barrages » sautent les uns après les autres, sous les applaudissements d’une gauche qui identifie son triomphe à celui du marché.

La marchandisation du vivant ? La tendance du capitalisme à vampiriser chaque territoire du globe, à soumettre chaque parcelle de la vie humaine à la loi du marché ? Cela n’intéresse plus la gauche, monsieur.

La gauche, dans le récent débat sur la PMA, elle a tenu trois positions.

- 1- L’adhésion assumée et enthousiaste au marché de l’humain.

C’est par exemple Pierre Bergé, tout à la fois homme d’affaires multimillionnaire, militant LGBT, fondateur du journal Têtu, soutien financier d’Act Up, de Vacarme, de SOS Racisme et du Parti socialiste, et copropriétaire du Groupe Le Monde (Le Monde, Le Nouvel Observateur, Télérama) :

« Nous ne pouvons pas faire de distinction dans les droits, que ce soit la PMA, la
GPA ou l’adoption. Moi, je suis pour toutes les libertés. Louer son ventre pour
faire un enfant ou louer ses bras pour travailler à l’usine, quelle différence ? C’est
faire un distinguo qui est choquant [26]. »

On ignore si Pierre Bergé a jamais loué son ventre ou travaillé en usine. Mais la légitimité importe peu lorsqu’on est actionnaire du journal de référence en France. Et on ne s’étonne plus de voir s’étaler articles et tribunes en faveur de la fabrication artificielle de l’humain à pleines pages du Monde depuis deux ans.

Pour Marcella Iacub aussi, la liberté des femmes se mesure à l’aune de leur soumission aux lois de l’économie. La juriste libérale – libertarienne serait plus juste –, qui multiplie les déclarations sur les plateaux télés, à la radio et dans la presse, est partisane d’une généralisation massive de la GPA. Libérées de cette horreur qu’est la maternité, les femmes pourraient se consacrer corps et âme à leur carrière – en fait à la croissance économique –, en sous-traitant leur grossesse à des femmes dont le métier serait d’enfanter pour d’autres. « On créerait ainsi un nombre considérable d’emplois féminins et ce serait une occasion formidable de redistribution d’argent entre les riches et les pauvres [27] » croit-elle bon de préciser.

Des arguments à faire bander l’ex-patron du Fonds Monétaire International, avec qui elle a entretenu une profitable relation de plusieurs mois [28].

Dans la même veine, Ruwen Ogien, directeur de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), est de ces philosophes mondains, volontairement provoc, qui n’ont de rebelle que leur coupe de cheveux. Toujours dans le sens du vent, il anticipe et produit au bon moment la pensée dont le système a besoin. Il publie bientôt un livre par an, multiplie lui aussi les interventions dans la presse, à la radio [29], et dans les réunions mondaines [30]. Il inspire les réflexions du Parti socialiste sur le « care » et les théories de la justice [31], et celles de ministres du gouvernement comme Najat Vallaud-Belkacem [32]. Sous prétexte de lutter contre un paternalisme étouffant, cet utilitariste milite pour la destruction de ce qui protège encore tant bien que mal individus et communautés des ravages de la marchandisation, notamment famille, barrières morales, idée de dignité.

La liberté c’est de pouvoir vendre ses organes !

« Pourquoi serait-il interdit de penser que, progrès de la médecine aidant, on pourrait voir les parties et les produits de notre corps non plus comme des choses quasiment sacrées, constitutives de notre identité, mais comme des objets aussi remplaçables qu’une table de cuisine ou une machine à laver ? Ce point de vue déflationniste, qui désacralise le corps humain, ses produits, ses parties, ses fonctions, n’est pas facile à défendre dans le débat public présent, car il semble exclu par la dénonciation massive du phénomène dit de “marchandisation du corps humain”. Il est pourtant le plus cohérent et le plus prometteur du point de vue des enjeux politiques et moraux de la bioéthique [33]. »

Cette soumission volontaire à la marchandisation de l’humain a au moins le mérite de la franchise. Elle dit le véritable projet de cette gauche culturelle qui s’est constituée sur les décombres de l’après-68 ; une gauche résolument moderne et libérale, qui travestit depuis quarante ans le combat pour la justice sociale en simple apologie de la liberté individuelle marchande.

Elle est évidemment formulée de manière trop crue pour que les dignitaires de la gauche se la réapproprient telle quelle. Il reste dans leur électorat trop de personnes dont la culture politique et les conceptions morales (oui Monsieur, c’est terriblement rétrograde) contredisent le projet du tout-marchand de la gauche bourgeoise.

En fait, le rôle des Bergé, Iacub et Ogien, c’est de concentrer les réprobations, d’aller toujours au-delà de ce que la population est prête à accepter. Les dirigeants de la gauche, eux, peuvent feindre une sage modération. « Évidemment, il ne s’agit pas d’aller aussi loin dans la marchandisation de l’humain, mais ces gens posent les bonnes questions ».

Ils préparent ainsi les esprits à la prochaine étape. Voyez Najat Vallaud-Belkacem, ministre du droit des femmes, à propos de Ruwen Ogien :

« Une contribution originale, radicale, provocante, mais stimulante au débat sur la
bioéthique et notre rapport au corps (et à l’argent) dans la société contemporaine. Je suis loin de partager toutes ses conclusions, mais j’estime depuis longtemps que son approche est utile pour débusquer un certain nombre de fausses évidences, et de postures morales finalement assez peu progressistes. C’est le rôle d’un intellectuel de s’engager ainsi, et je crois que c’est le rôle d’un responsable politique de lui donner une place dans le débat public, sans esquiver les questions qui dérangent [34]. »

- 2- Dénoncer la marchandisation pour la faire advenir

En 2009, dans un essai intitulé Corps en miettes, Sylviane Agacinski dénonçait les
manipulations langagières qui justifient la marchandisation des corps :

« On évite d’utiliser le langage de la production économique ou celui du marché. On se garde évidemment de parler de marchandises, de clients ou de produits. Les rémunérations n’existent pas, bien entendu, on ne connaît que des « compensations ». Il n’y a dans tout cela que des gens qui ont besoin d’aide (des parents en souffrance) et des gens qui sont prêts à aider (les intermédiaires et les donneurs) : help ! est la formule magique qui revient partout. La publicité incitant les uns à consommer, et les autres à fournir matériaux et outils, fonctionne d’autant mieux qu’elle assure n’avoir pour but, non pas le profit, mais la générosité et l’altruisme. L’on ne sait si cette façade sentimentale doit nous rassurer parce qu’elle témoigne d’un reste d’inhibition face à l’entrée de la « reproduction humaine » dans une rationalité techno-économique ou bien si, par sa visée manipulatrice (car il faut bien convaincre des femmes de donner leur corps), ces refrains émouvants et fleurs bleues ne sont pas l’aspect le plus répugnant de l’affaire [35]. »

Dans ses lignes, Sylviane Agacinski dénonce le discours des entreprises américaines
impliquées dans le marché de la reproduction artificielle. Quatre ans plus tard, ces mêmes lignes s’appliquent aussi bien au discours des officiels de la gauche – dirigeants, philosophes, élus, de gouvernement ou d’opposition – sur la PMA et la GPA. Non contents de cacher la marchandise sous le voile de l’altruisme, de l’égalité ou de la liberté, ces derniers vont jusqu’à se présenter en résistants à la marchandisation. Dans une contribution pour Terra Nova, le think tank du Parti socialiste, Najat Vallaud-Belkacem, encore elle, explique :

« Reflet d’une société consumériste où toute relation est par nature marchande, miroir d’une société individualiste aussi, [les opposants à la GPA] ignorent par dessus tout la part d’humanité et de liberté éminente qu’il y a incontestablement dans cet acte de générosité. [...] Il y a parmi les défenseurs d’une GPA gratuite et strictement encadrée, c’est-à-dire plus de 60 % des Français interrogés, des gens responsables qui ne badinent pas avec la marchandisation du corps humain et moins encore avec la dignité humaine [...]. C’est parce qu’ils croient à certaine éthique du don que notre société a fini par perdre de vue [36]. »

Dans 1984, Georges Orwell nommait cela « double pensée »  :

« En pleine conscience et avec une absolue bonne foi, émettre des mensonges soigneusement agencés. Retenir simultanément deux opinions qui s’annulent alors qu’on les sait contradictoires et croire à toutes deux. Employer la logique contre la logique. Répudier la morale alors qu’on se réclame d’elle. »

Les tenants de la marchandisation font mine d’ignorer que dans notre monde, le développement des biotechnologies sera d’abord et avant tout la poursuite de la marchandisation du vivant. Dans le monde de la compétition économique mondialisée, où l’avant garde de la classe dominante est la technocratie, dans ce monde où le rapport de forces entre le pouvoir et les sans-pouvoir n’a jamais été aussi si inégal, soutenir le développement de la PMA et de la GPA, c’est soutenir le commerce des ovules et du sperme, l’exploitation des femmes du Tiers-Monde, et en définitive, le principe maître du capitalisme selon lequel tout se vend et tout s’achète.

En légitimant la vente et la location du corps humain et de ses produits, les militants de l’économie construisent le socle idéologique, philosophique et (a)moral dont les lobbies scientifiques et économiques de la reproduction artificielle de l’humain ont besoin pour avancer leur entreprise.

Ces derniers harcèlent les gouvernements afin de lever les derniers obstacles à la reproduction artificielle de l’humain, jusqu’à l’emporter tôt ou tard.

En 2008, lorsque le fisc danois avait voulu obliger les banques de sperme à révéler l’identité des donneurs dans le but de taxer leur rémunération, Ole Schou, le directeur de Cryos Bank, avait tapé du poing sur la table. Actions de lobbying et menaces de délocalisation avaient contraint Kristian Jansen, ministre des Impôts, à revenir sur sa décision. Aujourd’hui encore, M. Schou fustige « ces hommes politiques aveugles qui ne veulent pas voir la réalité des mécanismes du marché [37] ».

En France, le lobby de la reproduction artificielle de l’humain a bien compris « la réalité des mécanismes du marché ».

Tout en organisant un battage médiatique continu sur la bioéthique et l’encadrement de la recherche, il s’assure que ces lois n’entravent jamais la liberté des chercheurs et celle du marché. René Frydman par exemple, en a fait son second métier.

Ancien membre du Comité consultatif national d’éthique, membre de la Commission nationale consultative des droits de l’homme, il dénonce sans relâche « l’interdiction de la recherche sur l’embryon érigée en dogme dans notre pays [et qui] est un frein à l’innovation [38] ». Et donc à la croissance. Soucieux d’assurer la pérennité de son business, et confronté à une pénurie de donneuses, il milite pour la rémunération du don d’ovocyte [39] :

« Sans tomber dans la position ultralibérale qui fleurit à Chypre et dans certains pays de l’Est, où l’on peut voir se développer une forme de commerce du corps humain sur catalogue, nous devons sortir du sacro-saint principe de la gratuité du don d’ovocyte. »

Ce n’est pas du porc, c’est du cochon.

- 3- Le silence et la lâcheté

C’est l’attitude qui a dominé à la « gauche de la gauche », celle qui se revendique « antilibérale », historiquement influencée par le marxisme et moins portée sur les questions sociétales.

Terrifiés à l’idée de faire « le jeu des réactionnaires », ou pire, qu’on les accuse de le faire en questionnant la PMA, la plupart ont ravalé leurs idéaux anti-capitalistes – ce qu’il en reste – pour se rallier à la gauche libérale. C’est une faute qu’ils n’ont pas fini de payer.

La politique, comme la nature, a horreur du vide. La droite catholique a désormais le champ libre pour envahir ces territoires abandonnés de la critique. Dans le débat en cours sur la PMA, c’est hélas à Monseigneur Vingt-Trois, archevêque de Paris et fervent opposant au mariage homosexuel que revient la tâche de dénoncer :

« une société marchande où tout s’achète et tout se vend, mais où rien ne vaut. On
pourra fabriquer des enfants, on pourra acheter des enfants sur internet, on pourra les mettre à disposition de qui en veut, mais qu’est-ce que cela voudra dire [40] ? »

La gauche l’ayant abandonnée, il est désormais facile d’affirmer que toute critique de la marchandisation est nécessairement de droite et réactionnaire. Ruwen Ogien a commencé :

« Ce qui oriente ces prises de position sélectives et répressives, en réalité, ce sont
souvent des engagements conservateurs ou religieux, la volonté de protéger à tout
prix la famille “normale”, c’est-à-dire jeune, féconde et hétérosexuelle. Ce que
signifie “crainte d’une dérive mercantile” n’est rien d’autre, dans ce cas, que
“protection d’une certaine forme de normalité”. » [41]

°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°

[1En 2009. La Tribune de Genève, 11/11/2009.

[2Courrier international, 21/12/2006.

[3Le Monde, 16/07/09.

[4Sylviane Agacinski, Corps en miettes, Flammarion, 2009, p. 48.

[5Jennifer Merchant « Assisted Reproductive Technology (ART) in the United States : Towards a National Regulatory Framework ? », Journal International de Bioéthique, 4/2009 (Vol. 20), p. 55-71.

[6Cf. infra.

[7Jennifer Merchant, article cité.

[8Le Figaro, 13/10/2008.

[9Jennifer Merchant, article cité.

[10L’Express, 16/09/2010

[11Le Monde, 31/07/2010.

[12Le site précise : « Dans le cas d’une naissance de jumeaux (jumelles), une indemnité supplémentaire d’un montant forfaitaire de Cinq Mille Euros (5 000 euros) devra être versée par les « Parents Génétiques », après l’accouchement. Cette indemnité ne fait pas partie du coût forfaitaire du programme. »

[13« Ces enfants apatrides nés d’une mère porteuse à l’étranger », lexpress.fr, 06/04/2011.

[15Lepoint.fr, 01/02/2013.

[16Courrier International, 04-10/07/2013.

[17Lucy Wallis, « Living inside the house of surrogates », BBC News, 30/09/2013.

[18Lepoint.fr, 01/02/2013.

[20Le nouvel Observateur, 27/10/2013.

[21Delhi Centre for Social Research, Surrogate Motherhood : Ethical or Commercial, 2012.

[22Voir le site internet du cabinet : <http://vmfirm.com/our-team/>

[23La Tribune de Genève, 11/11/2009.

[24Bérénice Rocfort-Giovanni, « Mères porteuses : les américains débarquent à Paris », Le Nouvel Observateur,12/04/2013.

[25Le Monde Diplomatique, juin 1990.

[26Le Figaro, 16/12/2012.

[27Marcella Iacub, « La reconnaissance des ventres », Libération, le Mag, 12-13/01/2013.

[28Éric Aeschimann, « DSK par Marcela Iacub : une stupéfiante puissance littéraire », Le Nouvel Observateur,
21/02/2013

[30Il était notamment l’invité du Forum Libé à Grenoble en 2010 pour soutenir, en militant de l’économie, la libéralisation de la prostitution.

[35Sylviane Agacinski, Corps en miettes, op. cit.

[36Najat Vallaud-Belkacem, « Gestation pour autrui, l’éthique du don », 16/01/2010, sur le site de Terra Nova :<http://www.tnova.fr/note/gestation-...>

[37Le Monde, 16/07/2009.

[38Le Monde, 12/01/2013.

[39Le Monde, 02/11/2006.

[40L’Express, 20/11/2012.


Mots-clés

Accueil | Contact | Plan du site | | Statistiques du site | Visiteurs : 616 / 216860

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Art de vivre   ?    |    titre sites syndiques OPML   ?

Site réalisé avec SPIP 3.2.0 + AHUNTSIC

Creative Commons License