La Bélogue
Monnaie unique ou bien monnaie commune ?

Sauver l’euro par le haut

Faire face à la dette sans attaquer ni sacrifier l’Etat social.
dimanche 5 février 2012 par INVITES

L’ampleur de la crise dans la zone euro tient à des causes multiples. La première et la plus évidente consiste en certaines défaillances institutionnelles majeures dans la conception et la construction même de la zone euro. Les articles 125 et 123 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne dit « de Lisbonne » qui stipulent respectivement le principe de non-solidarité » en cas de crise et l’interdiction faite à la BCE d’acquérir des obligations d’Etat (dette publique) sont l’expression concentrée de ces défaillances. Ces articles visaient à faire des marchés financiers les garants ultimes de la stabilité budgétaire et, partant, de la convergence des économies au sein de la zone.

Or, dans ce rôle, les marchés ont failli sur toute la ligne.

Pendant une longue période, ils sont restés sans réaction alors que des asymétries profondes se creusaient au sein de la zone. Ces asymétries sont liées aux stratégies macroéconomiques des pays européens, qui ont aggravé la crise.
- D’un côté, les pays du« Nord » (Allemagne, Autriche, Pays-Bas, Finlande) ont bridé salaires et dépenses sociales afin d’améliorer leur compétitivité-coût et d’accumuler des excédents courants.
- De l’autre, les pays du « Sud » (Espagne, Grèce, Portugal) ainsi que l’Irlande ont profité de taux d’intérêt bas pour promouvoir une politique de « rattrapage » fondée sur le gonflement du crédit, générant ainsi souvent des bulles immobilières.

Ces déséquilibres ont été amplifiés par l’absence de mécanismes d’ajustement dans la zone et par les dispositions du pacte de stabilité et de croissance (PSC).

Les règles numériques qui y figurent (3 % du PIB pour les déficits publics, 60 % du PIB pour les dettes publiques) sont sans fondement économique. Et si le PSC permet à la Commission de lancer des « procédures de déficit excessif » contre les pays qui dépassent ces limites, les politiques budgétaires expansionnistes et concertées, pourtant indispensables à certains moments du cycle, ne sont ni prévues ni possibles.

La crise venue, ces mêmes marchés qui avaient appliqué des taux d’intérêt quasi identiques dans toute la zone euro ont brusquement exigé des taux d’intérêt très élevés sur les dettes publiques de certains pays (Grèce, Irlande, Portugal, Espagne, Italie ... ), provoquant une tornade sur toute la zone.

Dans la crise, la stratégie adoptée par les élites européennes n’a fait qu’accentuer les déséquilibres.

Depuis 2010 et le « plan grec », c’est le même remède qui est partout généralisé : coupes budgétaires et austérité renforcée sont le menu imposé désormais à tous. Les mesures décidées les 7 et 8 décembre 2011 viennent s’ajouter à celles prises au cours des sommets précédents et parachèvent l’édifice : retour rapide aux règles du PSC (les fameux 3 %, 60 %), sous peine de sanctions quasi automatiques, « règle d’or » d’équilibre budgétaire et contrôle par la Commission de la conformité des budgets à ces règles nouvelles d’austérité ... Inévitablement, la croissance en Europe en sera d’autant plus durement et durablement affectée.

Dans ces conditions, face à la baisse des recettes fiscales provoquée par la récession, la dette continuera de s’envoler, ce qui justifiera la mise en œuvre de nouveaux plans d’austérité ...

Pour sortir par le haut de cette crise, en lieu et place des politiques d’austérité, Les « Economistes atterrés » proposent des solutions à promouvoir immédiatement et des orientations de moyen terme.

- Dans l’immédiat, il est indispensable de mettre fin à la spéculation sur les dettes publiques.

Pour ce faire, il faut que la BCE puisse acquérir des obligations de la dette souveraine sur le marché secondaire et/ou s’en porte garante. Un tel engagement provoquerait une chute immédiate des taux.

- A moyen terme, il faut renouer avec la croissance, afin de faire face à la dette sans attaquer l’Etat social.

L’idée est alors de s’engager dans un triptyque : refonte de la politique agricole commune (PAC), « grands projets » technologiques et industriels, refondation de l’Europe sociale.

- La refonte de la PAC aurait pour objet de promouvoir une agriculture indépendante, de proximité et de qualité.
- La relance des grands programmes technologiques européens concernerait les économies d’énergie et les énergies renouvelables. l’éducation et la recherche, les infrastructures, la rénovation’ urbaine.
- Enfin, l’Europe sociale se reconstruirait à partir d’objectifs minimaux, différenciés par pays, dans de grands domaines (salaire minimum, couverture sociale, retraites).

De telles mesures, menées de manière énergique, permettraient de sauver l’euro. A défaut, une solution de repli en bon ordre consisterait à transformer l’euro en monnaie commune.

Les Européens disposeraient d’une seule monnaie avec les pays hors de l’Union, et différentes monnaies (des euros nationaux) au sein de l’union. Ces monnaies seraient liées par des parités fixes mais ajustables.

Il n’est peut-être pas tout à fait trop tard. Mais une chose est sûre : l’Europe a déjà joué tous ses jokers. Si l’on veut échapper à l’austérité prolongée et, de ce fait, à l’explosion de la zone euro, il n’y a guère de temps à perdre.

Ce point de vue a été publié dans le journal Marianne


Accueil | Contact | Plan du site | | Statistiques du site | Visiteurs : 256 / 216867

Suivre la vie du site fr  Suivre la vie du site Bloc notes d’Antoine Sereine   ?    |    titre sites syndiques OPML   ?

Site réalisé avec SPIP 3.2.0 + AHUNTSIC

Creative Commons License