La Bélogue
Trente ans de propagande économique

Il n’y a pas d’alternative au libéralisme

samedi 14 janvier 2012 par Antoine SEREINE

Après la Seconde Guerre mondiale, les élites économiques européennes, affaiblies par leur collaboration avec l’Allemagne nazie, doivent faire profil bas. Aux Etats-Unis, la peur du communisme paralyse la société. Pendant trente ans, des deux côtés de l’Atlantique, les classes moyennes vont profiter de cette situation et prospérer. Ce sont les Trente Glorieuses. Quand sonnent l’heure de leur fin, et plus encore après la chute du mur de Berlin, les libéraux sentent que l’heure de la revanche a enfin sonné.

Pour imposer leurs idées, ils utilisent une arme rhétorique redoutable : TINA, le fameux acronyme thatchérien de « There Is No Alternative", qu’ils vont répéter et faire répéter par tous les médias jusqu’à ce qu’il soit entendu comme une vérité révélée.

Il n’y a pas d’alternative au capitalisme, au marché, à la mondialisation, à la déréglementation financière, aux baisses des salaires, aux délocalisations, à la disparition des protections sociales, etc...

Cette idéologie va infester les sociétés occidentales et provoquer, d’un même mouvement, le déclassement social du plus grand nombre, et des profits gigantesques pour quelques-uns.

Une oligarchie confisque le pouvoir.

Mais quand la crise financière de la fin des années 2000 met en péril sa fortune et son patrimoine, l’État recouvre soudain toutes ses vertus. Ceux qui hier le vilipendaient réclament son secours à grands cris. Il n’y a pas d’alternative, il faut sauver les banques ! Et pour renflouer les pertes abyssales de l’économie de casino, ce sont encore les plus démunis qui seront rançonnés, à commencer par les salariés.

Chez les libéraux, on aime les idées simples ...

Et on s’y tient à fond. La communication tient lieu de pensée ; c’est par la répétition ad nauséam d’idées simples que la révolution conservatrice va faire son œuvre, telle la peste.

Les 4 principes cardinaux des néo-libéraux sont simples comme bonjour :
- baisser les dépenses publiques,
- baisser l’impôt,
- déréglementer,
- casser l’inflation.

De plus, on va aider à faire passer le message en créant une sorte de « novlangue » qui va répéter ad nauséam et imposer à la population, entre deux encarts publicitaires, le point de vue libéral et pervertir le sens commun.

Ainsi, Les « Cotisations sociales » deviennent les Charges sociales ; Les « Licenciements collectifs » deviennent des Plans sociaux, puis encore plus cyniquement, des Plans de sauvegarde de l’emploi ; Le « Salaire » devient le Coût du travail ; Les « Syndicalistes » deviennent des Partenaires sociaux ... etc …

C’est par cette subversion du langage et les confusions qu’elle porte, que les néo-libéraux vont faire prendre les vessies pour des lanternes et faire croire que “le capitalisme est le stade ultime de l’organisation humaine, que le marché se confond avec la démocratie” ... et s’attaquer à la destruction systématique de l’état providence.

Reagan et Thatcher, les premiers commis néo-libéraux

Ce sont Reagan et Thatcher qui vont se faire les passeurs complaisants de l’idéologie néo-libérale dans la réalité des politiques publiques, même s’ils s’en écartent quand bon leur semble.

L’Etat est vilipendé. Le « Il n’y a pas d’alternative » justifie tout, privatisations, restructurations, délocalisations, chômage, rigueur, guerre des étoiles, guerre des malouines ….

Avec la hausse des taux d’intérêts et les dérèglementations, la finance est à la fête et à l’honneur.

En france, en matière de finance, la mise au diapason néo-libéral que certains nommeront le « Consensus de Paris », clin d’oeil concurrentiel à celui de Washington, est l’oeuvre de la deuxième gauche. Elle est le fruit d’un tandem composé d’un haut fonctionnaire qui l’organise sur le plan économique et du ministre des finances de l’époque, qui l’assume sur le plan politique. Quelques années plus tard, le pantouflage aller-retour étant devenu une pratique habituelle, le haut fonctionnaire est devenu milliardaire, dans le privé, tandis que le ministre, écarté par le vent de l’histoire, se suicidait.

Avec cette réforme, toutes les conditions d’une nouvelle guerre des classes était réunie désormais, entre l’establishment ... et tous les autres

Quoiqu’il en soit des folies de la finance, l’impression est alors que le marché est efficace ; il détruit les faibles et punit les fautifs … Tout va très bien madame la marquise.

En 2008, tout change

Après la crise des caisses d’épargne aux Etats Unis dans les années 90, l’alerte d’Enron, c’est la crise des « subprimes » et de la « titrisation » qui vient faire un croc en jambe au néo-libéralisme, et qui se propage par la suite en Europe, à l’assaut des plus faibles.

En octobre 2008, l’Europe, qui prône la stabilité, sort 1700 milliards d’euros pour éteindre le feu sur le lac (38 années de déficit de l’assurance maladie) … Il n’y a pas d’alternative … elle succombe à la panique ambiante et alimente ainsi l’ogre de la finance à l’appétit sans limites.

Qu’importe l’inflation, qu’importe la rigueur, il faut sauver les meubles … des plus riches. Qu’importe l’idéologie, on nationalise …

La nomenklatura bredouille des explications qui n’en sont pas, puis pour gagner du temps, livre au peuple des boucs émissaires, les traders, les entrepreneurs sulfureux, ou ces parvenus de Reagan et Thatcher que l’establishment ne reconnaît pas comme des siens. Enfin, ses experts peaufinent une théorie, une histoire qui justifie tout, afin, qu’en réalité, rien ne change.

Pendant ce temps là, les médias ressuscitent le fameux « La crise ? Quelle crise ? » de Montand en 1984. Pour l’un, la crise est le fruit d’un État pas assez libéral, pour l’autre le libéralisme n’est pas la cause mais la solution à la crise du capitalisme mondialisé. On trouve bon néanmoins de désigner encore un bouc émissaire ; ce sera le capitalisme financier.

Haro sur la finance pour sauver le capitalisme.

Des économistes sont atterrés

Mais des économistes contestent la théorie justificative de l’establishment. Nombre d’entre eux se comptent parmi les « économistes atterrés »

Pour eux la crise n’est pas seulement financière, elle est systémique et signe la fin d’un cycle commencé dans les années 70 quand les actionnaires ont pris le pouvoir dans les entreprises ...

La mondialisation trop rapide est à l’origine de la crise.

Dans un premier temps, la mondialisation est considérée comme positive, bien que les plus faibles soient touchés. Dans un second temps, ce sont les classes moyennes qui plongent ; les états baissent alors les impôts, et on incite les populations à l’endettement. Troisième temps, pour maintenir sa croissance, la finance cible les plus pauvres, et c’est là, sur les subprimes, que la révolution conservatrice déraille.

Le quatrième temps, c’est la spirale infernale que nous vivons actuellement baisse des revenus, baisse de la protection sociale, montée du chômage, des délocalisations, pendant que se repait l’ogre libéral, le gagneur.

On cherche l’alternative à l’arnaque libérale ?

Les paradis fiscaux, fichés, s’évaporent de la liste. Le lobby financier vide de sa substance les tentatives législatives de réduire les nuisances de la finance ; il veut se refaire sur l’euro après ses pertes américaines sur les subprimes.

L’europe impose la récession et détricote encore plus les protections sociales, persiste à favoriser une concurrence dont les vrais bénéficiaires sont les milliardaires chinois. Et les néo-libéraux craignent que les réactions populaires soient très vives, alors le populisme leur sert d’épouvantail.

Sur fond de crise, se dévoile ainsi l’immense arnaque des libéraux qui ont martelé depuis 30 ans que les fonds publics ne servaient qu’à engraisser les fonctionnaires égoïstes et incompétents et que seul le marché et la libre entreprise permettaient de créer la dynamique nécessaire au retour de la croissance.

Mais à la première alerte, ces croisés du capital se sont assis sur leur sacro-saint principe et ont appelé l’État à la rescousse.

Leur patrimoine était en péril ! Au secours ...

Les croisés néo-libéraux, croisés du capital, viennent ainsi de montrer que leur combat n’était en rien mené pour le bien commun mais qu’il était purement idéologique, bassement matériel, et visait l’asservissement des peuples et populations, à leur seul avantage.

L’internationale des classes dirigeantes, organisations patronales, économistes et essayistes libéraux ont pour seul objectif de satisfaire leur intarissable cupidité et celle de leurs actionnaires.

Les néo-libéraux ? Ce sont les fameux renards libres lâchés dans le poulailler libre. Ils prêchaient que le capitalisme annonçait la liberté, mais c’est l’oligarchie qui est venue et qui domine les états.

Et en prétendant gérer l’État comme une entreprise, Sarkozy a ouvert la route de la France à cette dictature libérale que le philosophe allemand Peter Sloterdijk qualifie de régime post-démocratique.


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