La Bélogue

Désir de Martin

lundi 15 juin 2009 par Paul FAICHE

Quand ma mère m’appelait à paraitre devant elle, je m’inquiétais aussitôt de ses raisons et ressentais souvent le sentiment confus de la faute commise .
Qu’avais je encore à me reprocher ?
Et j’accourrais obéissant, prêt au mensonge dissimulateur et salvateur, impatient de retourner à mes occupations, librement, sur la place du village, avec mes camarades de jeu.
Alors ma mère se penchait sur moi pour placer ses yeux à la hauteur des miens, le doigt tendu, accusateur, et agité d’une curieuse frénésie pour mieux appuyer … sa condamnation favorite.
« Tu es un Martin » disait elle sur un ton de procureur.
Et suivait l’énoncé de la bêtise qui me condamnait à ses yeux, certes, mais qui aux miens, représentait l’avantage paradoxal de me rapprocher d’elle et de la faire quasiment mienne.
Je me sentais tout petit devant la menace prononcée, réduit à une émotion intense, impatient de fuir vers la liberté que je devinais là bas, au delà de son regard.
Pourtant, je lisais en même temps dans ses yeux qu’elle voulait sévères, et sur ses lèvres curieusement retroussées, affublées d’une moue mobile, presque rieuse, quelque chose qui brillait, m’attirait et me troublait.
C’était comme un désir de moi, une étincelle de désir sur une mer de sévérité.
« Un désir de Martin », en quelque sorte.
Et je me pris à sourire de ces fautes qui me valaient cette attention maternelle, désirée et complice.
Je crois bien même que je les recherchais et les provoquais.


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