Lorsque le droit titube, enfants et parents trinquent

 

 

MCP 

Mouvement de la Condition Paternelle

Fédération et association parisienne

9 rue Jacques Hillairet 
75012 PARIS

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Fax (1) - 44 - 74 - 98 - 82

 
Brossant en 1994, année de la famille, un tableau de la situation, le Monde titrait «la déroute des pères» et la Fondation de l'Enfance baptisait son colloque «Où sont passés les pères?». 
Au MCP, où nous sommes au coeur de cette histoire, nous voyons se développer une nouvelle exclusion: après le juif, le travailleur immigré, le jeune marginal et le chômeur longue durée voici donc le père exclu parce que démissionné ou démissionnaire .... 

 

Chaque année, les associations du MCP reçoivent des milliers de pères en situation de divorce ou de séparation; à la recherche d'informations, de conseils ou tout simplement d'une écoute et d'une présence chaleureuses, ils témoignent, devant les perspectives de destruction de leur famille, des signes d'un grand désarroi ou d'une forte agressivité. 

Ils viennent généralement après leurs premiers pas dans un parcours judiciaire dont ils commencent à voir les embûches; bien peu ont conscience qu'ils ont mis, volontairement ou non, le doigt dans un processus dont ils sont, par avance, parce qu'ils sont pères, les victimes désignées, et dont ils se feront pour beaucoup, ensuite, les victimes consentantes.

 

 


20 années de désalliances entre les familles

Égaux devant la violence et devant le conflit, les pères et les mères ne le sont plus devant le droit.

L'inégalité se situe moins devant la loi que devant son application, le droit; les lois de 1987 et 1993 ayant presque rétabli une égalité mise à mal dans le développement de l'union libre; il reste cependant dans la loi quelques bombes génératrices de conflits qui ouvrent la porte en grand à une application inégale: c'est le cas de la notion de résidence habituelle de l'enfant, source d'injustices et occasion de désignation implicite de coupables. 

L'exemple récent de discrimination dont la loi d'amnistie présidentielle est porteuse, est significatif de cette forme de culpabilité originelle dont le père est chargé.

Exclus du pardon national, sans exception, les «abandons de famille» (non paiement de la pension alimentaire) seraient à ranger selon les propos du garde des sceaux dans «les agissements d'une particulière gravité qui portent atteinte aux valeurs fondamentales de la société».

A suivre ce ministre à la lettre (l'amnistie inclut le délit de «non présentation d'enfant»), la relation père - enfant serait donc exclue de ces valeurs fondamentales de la société !!!

Solution pour une justice expéditive, 
le sacrifice du père

 

Un hiatus s'installe rapidement entre l'attente de justice des pères et celle qui s'impose à eux et rend manifeste les capacités étroites de la justice judiciaire à répondre à leurs aspirations légitimes. 
Leur espérance de justice sombre corps et bien dans le triangle des Bermudes judiciaires «Affrontement - Culpabilisation - Soumission», qui ne tarde guère à devenir un «Goulag» pour familles désunies; 

Il suffit d'avoir observé une fois la moue dubitative, voire arrogante, d'un(e) juge impatient(e) auquel répond la connivence de propos d'avocats déférents ou suppliants pour saisir que l'audience ordinaire est le lieu des faux semblants.
Les heurts qui s'y opèrent sont des heurts de stéréotypes qui sauvent les apparences du «contradictoire» mais sont aux antipodes de la vérité du conflit. 

Avec le recours aux experts, l'artillerie est appelée pour habiller un parti pris, inmontrable, en prise de partie montrable.
C'est le propre d'une justice imposée que de s'imposer ... et tant pis pour les droits de l'homme si le psycho juridisme moderne invente le délit de faciès psychologique et construit un droit qui va de travers; et tant pis pour les calomnies que ne peut arrêter un système aveugle aux fausses allégations; et tant pis pour la raison, si les questions d'argent, faute de transparence et d'explications, sont expulsées dans la déraison. 

Bien peu de pères poussés ainsi à la démission se font à la raison que la justice est d'abord une lutte pour la justice, et si trop peu d'entre eux crient leur innocence dans le procès qui leur est fait, c'est que cette innocence n'est pas évidente à distinguer et à exprimer dans la conjugaison, génératrice de culpabilité, du conflit vécu et de l'oppression judiciaire. 

Conscients que la situation des pères et des enfants nécessite une prise de parole claire, nous parlons, au MCP, de violences judiciaires; la 
première étant la «judiciarisation» du conflit parental qui est une généralisation et un détournement de ce conflit.

Eloignant le conflit de son objet, la place des parents, pour faire de l'enfant le seul enjeu, la «judiciarisation» est la ruse même de la violence qui élimine les deux parents en les expulsant de leurs responsabilités; ruse du paternalisme de la culture judiciaire à laquelle, les mères sont aveugles et qui les conduit souvent à mettre imprudemment en mouvement la spirale judiciaire. 

Dans son livre «L'enfant face à la séparation des parents», qui traite de la question de la résidence alternée, Gérard Neyrand relève que dans une proportion de 90% de l'échantillon de parents interrogés, la justice judiciaire est critiquée et qu'elle l'est tant du fait des mères que des pères.

 

 

Déjudiciarisation:
D'abord ne pas nuire

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Liberté de la non violence, 
liberté républicaine

La déjudiciarisation du conflit parental s'impose

Pour le MCP, la «déjudiciarisation» consiste d'abord à maintenir le conflit sur son véritable objet, une dispute parentale sur leurs places respectives; c'est un objectif majeur. 
Nous pensons que la médiation familiale, lieu d'une justice parentale négociée, est l'outil de résolution des conflits parentaux par excellence qui n'exclut pas cependant la nécessité d'un juge des familles, dépositaire du pouvoir de contrainte et de réparation; une de ses missions évidente serait de réintégrer dans le processus de médiation les conflits où l'esprit de querelle de l'un ou des deux protagonistes bloque une mise en oeuvre authentique de l'exercice conjoint de l'autorité parentale, pierre angulaire des rapports parentaux dans la séparation.

Estimant donc que la justice ne devait pas être l'esclave du «juridiquement correct» le MCP a lancé une campagne, auprès de l'opinion et des pouvoirs publics, sur le thème «Il faut ouvrir le chantier de la justice familiale».

 

Pour une justice "non violente"

Il y a tout à perdre à organiser la liberté des uns sur l'oppression des autres; la liberté républicaine, qui ne se conçoit guère sans l'égalité, ne devrait pas ignorer cette vérité. 
Elle aurait probablement tout à gagner à s'identifier à la liberté de la non violence, celle qui dit «Non la violence ne passera pas par moi», et à s'opposer à l' insistance et la facilité à faire des pères les coupables ordinaires dans les conflits parentaux. Cette insistance semble tenir aux mécanismes sacrificiels qui «déclarent coupables les victimes sur lesquelles les violences s'acharnent» et qui opèrent encore dans les opinions et les médias.

Le combat des pères et des mères pourrait lui aussi s'inspirer des luttes non violentes et la non violence constituer le repère que recherchent tant les parents que leurs juges, déçus par les marchands de bonheur qui occupent aujourd'hui les terrains du moraliste et du religieux. 

La morale civique qui est notre morale commune, aurait elle aussi tout à gagner à mettre en oeuvre une justice familiale non violente car dans le conflit parental, l'éducation et le futur de l'enfant se jouent.

Robin La Liberté-Egalité *

Cet article a été publié dans Non Violence Actualités sous la siganture de Paul FAICHE, membre du conseil de direction du MCP