L'autre regard
  Antoine Trémolières    
 

 

Celui qui prend avant nous le mystérieux chemin de la mort
Ce soir est encore parmi nous, et nous pouvons toucher son corps.
Il se tient à notre seuil, ses yeux sont tournés vers les siens,
Mais son regard déjà nous a quitté, étranger sur le chemin.

Compagnon, mon compagnon
Même en la mort, j'avancerai
En la mort qu'on ne comprend
Mais calme ton pas, attends.

Sur son front qu'il tenait très droit,
Mon regard s'était posé
Comme un oiseau qui atteint la côte
Sur mon cœur, une goutte de feu est tombée.

Toi qui fus la vie dans notre maison,
Nul ne peut dire où tu vas
En vérité nul ne doit dire ce qu'il ne sait pas.

Compagnon, mon compagnon
De la révolte, je voudrais passer
A la patiente intelligence, à une sorte d'espérance.

Mais voilà le mystère du passage et du départ.
Et sur ce grand mur blanc qui nous sépare
Je dessine ton visage et tes mains
Pour te tenir encore un peu, demain.